Bientôt la fin du couple ? Une crise entre “hétéropessimisme” et lassitude des femmes
Alors que de plus en plus de jeunes, notamment des femmes hétérosexuelles, refusent d’être en couple, “Courrier international” a voulu décrypter ce phénomène qui intrigue la presse internationale, du Brésil à la Chine en passant par la Pologne. Tour d’horizon des articles qu’il ne fallait pas manquer..
Depuis plusieurs années, une récession des relations (baisse globale des relations amoureuses) est observée dans les pays riches, notamment chez les 25-34 ans. La proportion de personnes vivant seules augmente, remettant en cause la norme du couple traditionnel. The Economist a consacré sa une à ce phénomène, soulignant que cette tendance n’est pas un simple choix individuel mais une évolution structurelle. Par exemple, en Italie, des termes comme hétéropessimisme émergent pour décrire le ras-le-bol des femmes face à des comportements masculins perçus comme inadaptés. Cette évolution touche aussi des pays comme l’Espagne, l’Allemagne, la Pologne, le Brésil et la Chine, où des facteurs comme les inégalités de genre, la pression économique ou l’épuisement professionnel jouent un rôle clé.
L’hétéropessimisme est un terme utilisé pour décrire une désillusion croissante envers les relations hétérosexuelles traditionnelles. Il ne s’agit pas d’un rejet radical de l’hétérosexualité, mais d’un constat de désenchantement face à la qualité des relations vécues. Ce concept a été popularisé par des médias comme Vogue (Chanté Joseph) qui interrogent la pertinence de l’hétérosexualité dans un contexte où les attentes romantiques ne sont plus alignées avec la réalité. Par exemple, des femmes expriment une lassitude face à des dynamiques de genre inégalitaires ou à des comportements masculins jugés immatures. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes générations, qui remettent en question les modèles traditionnels.
L’hétérofatalisme est un concept plus radical que l’hétéropessimisme, introduit par le chercheur américain Asa Seresin en 2019. Il désigne une rupture symbolique avec les représentations traditionnelles de l’hétérosexualité, vécue non plus comme une simple préférence mais comme une expérience souvent insatisfaisante ou douloureuse. Contrairement à l’hétéropessimisme, qui peut être passager, l’hétérofatalisme implique une remise en cause profonde des normes hétérosexuelles. Par exemple, en Espagne, ce terme est utilisé pour décrire un sentiment d’impasse face aux relations hétérosexuelles, où les attentes romantiques se heurtent à des réalités décevantes. Ce concept reflète une génération qui ne croit plus en la possibilité d’un amour durable et épanouissant.
Les hommes hétérosexuels sont pointés du doigt comme un acteur clé de cette crise des relations. Plusieurs études et articles soulignent leur retard en matière d’éducation, d’autonomie sociale et financière, ce qui limite leur capacité à s’engager dans des relations durables. Par exemple, une part non négligeable d’hommes perçoit l’engagement comme un coût financier trop élevé, notamment en raison des attentes traditionnelles (logement, famille, etc.). De plus, les applications de rencontre, en créant une illusion de choix infini, rendent plus difficile la formation de liens stables. En Allemagne, certains intellectuels appellent même à déromantiser l’amour pour privilégier des relations plus égalitaires, comme l’amitié, afin de sortir de cette impasse.
Cette crise du couple se manifeste différemment selon les pays. En Italie, l’hétéropessimisme est lié à des comportements masculins jugés inadaptés, tandis qu’en Espagne, l’hétérofatalisme reflète un sentiment d’impasse face aux relations hétérosexuelles. En Allemagne, la pression est mise sur la nécessité de déromantiser l’amour pour retrouver des relations plus saines. En Pologne, le sociologue Tomasz Szlendak parle d’une machine sociale enrayée, où les normes traditionnelles entravent la formation des couples, rendant la solitude une condition structurelle. En Amérique latine, comme au Brésil, la défiance envers le couple s’explique aussi par des inégalités de genre persistantes et des violences conjugales. En Asie, la pression économique et l’épuisement professionnel jouent un rôle majeur dans le recul du mariage.
Carolina Bandinelli, dans un article publié par le magazine italien *D* (La Repubblica delle Donne), illustre cette lassitude romantique. Elle raconte comment sa passion pour l’amour, nourrie par les livres et les films, l’a conduite à multiplier les relations sans jamais trouver satisfaction. Son témoignage reflète la tension entre les attentes culturelles romantiques et la réalité des relations modernes, où les idéaux sont souvent confrontés à des désillusions. Ce récit personnel sert de miroir à une génération qui remet en question les modèles traditionnels de l’amour et du couple, cherchant des alternatives plus épanouissantes ou simplement choisissant la solitude.

