Au Québec, des femmes accouchent sans professionnel de la santé par désir d’autonomie
Cette décision comporte toutefois des risques pour le bébé et pour la mère..
Certaines femmes au Québec choisissent de donner naissance sans la présence d’un médecin ni d’une sage-femme, non par manque d’accès aux soins, mais par désir d’autonomie et de contrôle total sur leur accouchement. Ce choix s’inscrit dans une volonté de vivre l’expérience de manière intime et sans contraintes médicales ou horaires. Par exemple, Léa Couture, 34 ans, a accouché de ses deux enfants chez elle, sans professionnel de la santé, entourée uniquement de son conjoint ou d’une amie doula pour un soutien émotionnel. Elle décrit cette expérience comme un « cadeau », où elle a pu suivre son ressenti sans pression ni intervention extérieure. Le freebirth (accouchement non assisté) représente ainsi une affirmation de la maîtrise de son corps et de son environnement pendant la naissance.
Malgré les motivations des femmes optant pour un accouchement non assisté, cette pratique comporte des risques médicaux majeurs. Selon la Dre Liliane Brassard, vice-présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, des complications peuvent survenir même lors d’une grossesse dite « normale ». Sans professionnel de la santé, des souffrances fœtales ou des hémorragies chez la mère peuvent ne pas être détectées à temps, entraînant des conséquences graves comme la mort du bébé ou de la mère. Par exemple, un bébé peut nécessiter une réanimation immédiate, une intervention impossible sans équipement adapté. Les risques incluent aussi des complications non anticipées, comme une hémorragie post-partum, qui doit être prise en charge rapidement pour éviter des séquelles.
Les femmes qui choisissent un accouchement non assisté, comme Léa Couture, affirment souvent s’être préparées de manière approfondie et être conscientes des risques. Couture souligne que la majorité des femmes qu’elle a rencontrées avaient étudié le sujet et compris leurs limites. Cependant, ce choix reste marginal au Québec, bien que certains organismes, comme le Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement, défendent ce droit. Le phénomène est difficile à quantifier, car les organismes publics ne disposent pas de données précises sur le nombre d’accouchements non assistés. Malgré cela, les acteurs du milieu observent une tendance à la hausse, portée notamment par des discussions sur les réseaux sociaux et des vidéos virales, souvent américaines, montrant des naissances à domicile sans assistance médicale.
L’accès à une information fiable et complète est un enjeu central pour les femmes envisageant un accouchement non assisté. Julie Pelletier, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec, met en garde contre certaines affirmations trompeuses circulant en ligne, comme l’idée que « tout va bien se passer si la femme se fait confiance ». Ces messages peuvent minimiser les risques réels et culpabiliser celles dont l’accouchement ne se déroule pas comme prévu. Sarah Landry, coordonnatrice du Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement, insiste sur la nécessité d’un choix éclairé, basé sur des données médicales fiables et une information équilibrée, incluant à la fois les aspects de non-médicalisation et les procédures d’urgence possibles.
L’accouchement non assisté ne convient pas à toutes les femmes, et Léa Couture le reconnaît elle-même. Certaines ont besoin de la sécurité d’un hôpital pour se sentir détendues, tandis que d’autres, comme elle, préfèrent un cadre intime et familier. Couture explique que ses besoins diffèrent selon les situations : pour son premier enfant, elle était entourée de son conjoint et d’une doula, tandis que pour le second, elle a choisi de vivre seule l’expérience jusqu’aux dernières minutes. Cette diversité de besoins souligne l’importance de respecter les choix individuels, tout en garantissant un accès à des informations complètes et adaptées pour éviter des décisions prises sous l’influence de désinformations ou de pressions sociales.

