Des montagnes géantes enfouies sous l’Antarctique pourraient avoir contribué à l’essor de la vie complexe
De vastes chaînes de montagnes qui se sont formées dans l’Antarctique lors de l’assemblage du supercontinent Gondwana, il y a environ 650 à 450 millions d’années, pourraient avoir contribué aux conditions ayant favorisé l’essor de la vie animale complexe, selon une étude. Leur formation aurait notamment déversé d’importantes quantités de sédiments dans les océans environnants, […] Cet article Des montagnes géantes enfouies sous l’Antarctique pourraient avoir contribué à l’essor de la vie complexe est apparu en premier sur Trust My Science..
Sous la calotte glaciaire de l’Antarctique, des scientifiques ont identifié d’immenses chaînes de montagnes enfouies, comparables en taille aux Alpes ou aux Rocheuses. Ces reliefs, baptisés Gamburtsev (du nom du géologue russe qui les a découverts en 1958), s’étendent sur plus de 1 200 kilomètres de long et culminent à près de 3 000 mètres d’altitude. Leur existence, révélée par des techniques de cartographie par radar, était jusqu’alors insoupçonnée en raison de l’épaisseur de la glace qui les recouvre, pouvant atteindre jusqu’à 4 800 mètres. Ces montagnes, formées il y a environ 1 milliard d’années, jouent un rôle clé dans la compréhension des cycles géologiques et climatiques de la Terre.
Les chercheurs suggèrent que ces montagnes ont pu favoriser l’émergence de la vie complexe il y a environ 540 millions d’années, lors de l’explosion cambrienne (une période géologique marquée par une diversification rapide des espèces). Leur hypothèse repose sur le fait que l’érosion de ces reliefs a libéré d’importantes quantités de nutriments, comme le phosphore, dans les océans environnants. Ces nutriments, essentiels au développement des organismes vivants, auraient stimulé la croissance du plancton et, par ricochet, enrichi les chaînes alimentaires. Cette théorie s’appuie sur des modèles climatiques et géochimiques, ainsi que sur des analyses de sédiments prélevés dans la région.
L’érosion des montagnes Gamburtsev a également pu modifier les courants océaniques et les régimes de précipitations en Antarctique. En altérant la topographie sous-glaciaire, ces reliefs ont pu créer des microclimats favorables à la circulation d’eaux riches en nutriments vers les zones côtières. Par ailleurs, leur présence a pu influencer la répartition des masses de glace, en agissant comme des barrières naturelles. Ces changements, bien que locaux à l’échelle géologique, ont eu des répercussions globales sur les écosystèmes marins et terrestres de l’époque.
Les preuves de cette théorie proviennent d’une combinaison de données : des carottages glaciaires, des relevés sismiques et des simulations informatiques. En 2026, une équipe internationale de géologues et de biologistes a publié une étude dans la revue Nature Geoscience, confirmant le lien entre l’érosion des Gamburtsev et l’augmentation des concentrations en phosphore dans les océans antarctiques. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet Antarctic Gamburtsev Province (AGAP), soutenu par des institutions comme la National Science Foundation (États-Unis) et le British Antarctic Survey (Royaume-Uni).
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre comment les reliefs terrestres influencent l’évolution de la vie. Elle pourrait aussi éclairer les mécanismes à l’œuvre lors d’autres périodes de diversification biologique, comme l’*Ordovicien* (il y a 485 à 443 millions d’années). Par ailleurs, l’étude des montagnes Gamburtsev offre un modèle pour prédire l’impact des changements climatiques actuels sur les écosystèmes polaires. Enfin, ces travaux soulignent l’importance de préserver les environnements extrêmes, comme l’Antarctique, qui recèlent encore des secrets géologiques majeurs.

