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Comment des ballons ultra-modernes révolutionnent l'étude du climat et de l'espace

Science & Vie · mis à jour il y a 24 j

Et si les clés de notre climat se trouvaient à plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes ? La stratosphère, parfois considérée comme une simple couche de l’atmosphère, a un impact décisif sur nos vies : elle nous protège des rayonnements ultraviolets, elle peut déclencher de grandes vagues de froid polaire et même bouleverser les saisons lorsqu’elle se charge d’aérosols. Il s’agit d’un véritable laboratoire naturel pour les chercheurs.

La stratosphère, zone clé

La stratosphère s’étend entre 18 et 50 kilomètres d’altitude, au-dessus de la troposphère où se produisent les phénomènes météorologiques. À cette hauteur, l’air est trop rare pour les avions et trop dense pour les satellites, créant une zone intermédiaire difficile d’accès. Pourtant, cette région intéresse les scientifiques pour étudier le climat et les acteurs de la défense pour des missions de surveillance ou de communication discrètes. Par exemple, la stratosphère permet de mesurer directement des données climatiques ou de déployer des plates-formes aériennes moins vulnérables aux interceptions que les satellites. Cette zone reste un territoire stratégique malgré son inaccessibilité relative.

Les ballons, solution ancienne

Les ballons stratosphériques, popularisés au XIXe siècle par Jules Verne, utilisent la poussée d’Archimède pour flotter dans l’atmosphère. Leur enveloppe contient un gaz plus léger que l’air, comme l’hélium ou l’hydrogène. À 18 kilomètres d’altitude, la densité de l’air est divisée par dix par rapport au sol, ce qui modifie la force d’Archimède. En ajustant le volume de gaz et la masse de la charge utile, le ballon atteint une altitude d’équilibre où il peut rester plusieurs semaines, voire mois. Deux forces s’équilibrent alors : la poussée d’Archimède vers le haut et le poids du ballon vers le bas. Cette technologie, simple et peu coûteuse, permet d’étudier la stratosphère sans recourir à des avions ou satellites.

Évolution des ballons modernes

Les ballons stratosphériques modernes sont fabriqués en polyéthylène, un matériau léger et résistant, dont la production s’est généralisée dans les années 1950. Cette innovation a permis de créer des ballons de grande taille, capables d’atteindre la haute atmosphère. Dès 1960, les agences spatiales comme le CNES ont exploité ces ballons pour tester des technologies avant les missions satellitaires, car ils sont moins coûteux et plus simples à déployer qu’une fusée. Les progrès en électronique et télécommunications ont ensuite renforcé leurs capacités. Par exemple, dans les années 1980-1990, ils ont aidé à comprendre l’appauvrissement de la couche d’ozone au-dessus des pôles. Aujourd’hui, ils restent des outils clés pour observer le climat.

Limites des ballons classiques

Contrairement aux avions ou satellites, les ballons traditionnels ne disposent pas de propulsion pour modifier leur trajectoire. Une fois en vol, ils sont emportés par les vents et ne peuvent pas rejoindre ou maintenir une position précise. Leur taille varie de 20 mètres à plus de 100 mètres de diamètre, et les plus grands peuvent emporter près d’une tonne d’instruments jusqu’à 40 kilomètres d’altitude. Cette limitation réduit leur utilité pour des missions nécessitant une navigation contrôlée, comme l’observation ciblée de phénomènes atmosphériques ou des déploiements militaires discrets.

Naissance des ballons manœuvrants

Pour surmonter les limites des ballons classiques, le CNES et d’autres acteurs développent des ballons manœuvrants, capables de changer d’altitude en cours de vol. Leur architecture repose sur une double enveloppe : une enveloppe interne contient l’hélium, tandis qu’une enveloppe externe permet d’ajouter ou d’évacuer de l’air. En ajustant la quantité d’air, le ballon devient plus lourd (descente) ou plus léger (montée). Cette manœuvre exploite les vents stratosphériques, dont les directions varient selon l’altitude. Par exemple, entre 18 et 20 kilomètres, les courants peuvent souffler dans des directions opposées. En choisissant l’altitude idéale, le ballon peut ainsi se diriger vers une zone précise, comme un voilier utilisant les courants marins.

Inspiration du projet Loon

Le concept de ballon manœuvrant n’est pas nouveau. Dans les années 2010, l’entreprise américaine Google a développé le projet Loon pour fournir un accès Internet aux régions isolées via une flotte de ballons stratosphériques. Bien que le projet ait été abandonné en 2021 pour des raisons économiques, il a prouvé la faisabilité de la navigation stratosphérique par changement d’altitude. Aujourd’hui, des entreprises comme Aerostar exploitent cette technologie pour des missions scientifiques ou de surveillance. La France, via le CNES, travaille depuis 2021 à adapter cette innovation en partenariat avec Hemeria, un spécialiste français des ballons stratosphériques, pour offrir à l’Europe une autonomie dans ce domaine.

Premiers essais en France

Le CNES a mené ses premiers essais de ballons manœuvrants au printemps 2024 sur son site d’Aire-sur-l’Adour, dans les Landes. Les lâchers ont été effectués à l’aube pour éviter les rafales de vent. Ces tests visaient à valider la capacité du ballon à décoller, rejoindre la stratosphère et revenir au sol en sécurité. Les essais suivants, réalisés depuis le Centre spatial guyanais, ont permis de tester en conditions réelles le système de gestion d’air pour modifier l’altitude. Ces campagnes sont essentielles pour préparer des missions opérationnelles, mais elles nécessitent des mesures de sécurité strictes en raison des risques liés à la retombée d’équipements depuis plusieurs dizaines de kilomètres d’altitude.

Ce que ça pourrait changer

Le programme Balman, lancé par le CNES, entre dans une phase de qualification technologique après ses premiers vols d’essai. Les prochaines étapes incluent l’intégration d’un système de parachute, avec des essais prévus à l’hiver 2026. À terme, Balman pourrait contribuer à des missions comme *Strateole-2*, un projet du CNES et du CNRS prévu pour 2030. Cette flotte de ballons longue durée permettra d’observer les échanges entre les couches de l’atmosphère pendant plusieurs mois. Grâce à sa capacité de manœuvre, Balman optimisera le déploiement des instruments scientifiques en ciblant les zones d’intérêt, complétant les données des satellites pour une meilleure compréhension du climat.

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