En Égypte, Sissi promet de quitter le pouvoir en 2030, mais …
Les Égyptiens ont été surpris d’entendre leur président annoncer qu’il quittera le pouvoir au terme de son mandat. Une promesse assortie de conditions, encore floues, sur un mécanisme de présélection des candidats qui donnerait à l’Académie militaire, et donc à l’armée, un rôle accru.
Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a annoncé publiquement, le 17 octobre 2026, qu’il quitterait le pouvoir en 2030 à la fin de son mandat actuel, conformément à la Constitution. Cette déclaration, faite devant l’Académie militaire, a surpris les observateurs, car Sissi était auparavant soupçonné de vouloir modifier la Constitution pour prolonger son règne. Le président a évoqué le poids de ses responsabilités pour justifier cette décision, suggérant une forme de lassitude. Cependant, cette promesse intervient dans un contexte où des rumeurs évoquent son souhait de transmettre le pouvoir à son fils, une hypothèse qui rappelle le cas de l’ancien président Hosni Moubarak. Ce dernier avait tenté de faire succéder son fils Gamal en 2011, ce qui avait contribué à déclencher la révolution égyptienne cette même année. La question se pose donc de savoir si Sissi a été contraint par l’armée d’annoncer son départ.
L’annonce de Sissi survient dans un climat politique marqué par des tensions et des signaux contradictoires. Plusieurs médias indépendants égyptiens, comme Mada Masr, soulignent une fébrilité au sein du régime, avec des craintes de retour des manifestations de 2011, en raison de la colère populaire face à la dégradation de la situation socio-économique. Des sources parlementaires citées par Mada Masr évoquent un plan de réorganisation du paysage politique, tandis que d’autres sources anonymes rapportent que Sissi aurait exprimé en privé sa crainte de se voir un jour ordonner de quitter le pouvoir pour la station balnéaire de Charm El-Cheikh, où Hosni Moubarak avait terminé ses jours en résidence surveillée après sa chute. Cette situation reflète les divisions internes au régime, où l’armée, la police, les services de renseignement et d’autres instances de souveraineté se livrent des luttes de pouvoir plus ou moins discrètes.
L’annonce de Sissi s’accompagne de critères stricts pour la sélection de son successeur, qui renforceraient considérablement le rôle de l’armée. Selon ses propos rapportés par le Financial Times, l’Académie militaire formerait des candidats à la présidence pendant trente mois, parmi des diplômés d’universités réputées, avec des centaines de participants potentiels. Ces futurs dirigeants apprendraient ce qu’est l’État, ce que sont les institutions et comment les protéger. Cette initiative suscite des réactions contrastées : si certains y voient une tentative de démocratisation contrôlée, d’autres, comme le Financial Times, craignent une militarisation accrue du pays. Cette évolution dérange aussi certains cercles du pouvoir, où l’on observe une perplexité face à cette nouvelle donne, faute de coordination préalable entre les différentes institutions.
Malgré la promesse de Sissi, les observateurs restent sceptiques quant à sa capacité à quitter réellement le pouvoir en 2030. Le site *Al-Manassa* rappelle qu’en 2017, Sissi avait promis de respecter la Constitution avant de la modifier en 2019 pour prolonger son mandat. Par ailleurs, des appels publics émergent déjà pour inciter Sissi à rester au pouvoir, ce qui pourrait inverser la tendance. Une chose est certaine : l’Égypte traverse une phase de *recomposition du régime*, où les luttes de pouvoir entre l’armée, les services sécuritaires et d’autres acteurs clés détermineront l’issue. Les scénarios possibles vont d’un *changement radical* du système politique, comme l’envisage *Mada Masr*, à une poursuite de la militarisation du pays, comme le craint le *Financial Times*.

