“Rose”, de Markus Schleinzer : “Je suis un homme
Dans “Rose”, Sandra Hüller incarne une femme qui, au XVIIe siècle, tente de se faire passer pour un homme. Le film de l’Autrichien Markus Schleinzer sort en France ce 9 septembre.
Le film Rose, réalisé par l'Autrichien Markus Schleinzer, sort en France le 9 septembre 2026. L'actrice allemande Sandra Hüller y incarne le rôle-titre, celui d'une femme du XVIIe siècle qui décide de se faire passer pour un homme. Cette performance lui a valu l'Ours d'argent à la Berlinale 2026, une récompense majeure dans le monde du cinéma. Le film est tourné en noir et blanc, ce qui lui donne une atmosphère particulière, proche d'une complainte cinématographique. L'histoire s'inspire d'un récit véridique, celui d'une femme née femme qui adopte l'apparence d'un homme et commet des actes répréhensibles sous un faux nom. Le spectateur est immédiatement informé que cette femme sera démasquée, ce qui transforme le film en une réflexion sur l'identité et la performance de genre plutôt qu'en un simple suspense.
L'action de Rose se déroule pendant une période de guerre majeure en Europe, qualifiée de première grande guerre dans le film. Cette guerre, qui a ébranlé le pays pendant des décennies, sert de toile de fond à l'histoire de l'héroïne. Le XVIIe siècle est une époque où les rôles sociaux étaient strictement définis, notamment en fonction du genre. Se faire passer pour un homme était un acte audacieux, voire subversif, car il remettait en cause l'ordre établi. Le film explore ainsi les tensions entre identité personnelle et normes sociales de l'époque, tout en interrogeant la notion de performativité de genre, un concept théorisé par la philosophe Judith Butler. Ce terme désigne l'idée que le genre n'est pas une donnée naturelle, mais une construction sociale et culturelle qui se manifeste à travers des actes, des comportements et des performances.
Le réalisateur Markus Schleinzer a choisi une narration en voix off, assurée par Marisa Growaldt, qui accompagne le film de ses mots baroques et pittoresques. Ces termes désignent un langage riche, imagé et parfois archaïque, qui renforce l'immersion dans le XVIIe siècle. Le film est entièrement en noir et blanc, ce qui lui confère une esthétique intemporelle et dramatique. Cette ambiance visuelle, combinée à la voix narrative, crée une atmosphère de complainte cinématographique, c'est-à-dire une œuvre qui évoque une plainte ou une lamentation, comme une tragédie antique. Le parti pris artistique vise à immerger le spectateur dans l'univers de Rose, tout en soulignant l'absurdité et la cruauté de sa situation.
Le film Rose aborde plusieurs thèmes profonds, notamment la question de l'identité et de la performance de genre. En se faisant passer pour un homme, l'héroïne remet en cause les normes sociales de son époque et interroge la notion de masculinité et de féminité. Le titre du film, Je suis un homme, donc je suis, fait référence à cette réflexion, en jouant sur la célèbre phrase de Descartes Je pense, donc je suis. Cette phrase souligne l'importance de l'existence et de la conscience de soi dans la construction de l'identité. Le film montre également comment une personne peut être perçue différemment selon les apparences, et comment la société juge ou accepte ces transformations. Enfin, il questionne la notion de moralité, en présentant une femme qui commet des actes répréhensibles, mais dont les motivations restent ambiguës.
Le film *Rose* a été salué pour sa performance artistique et sa réflexion sur des thèmes universels. La performance de Sandra Hüller a été particulièrement remarquée, tant pour son engagement que pour sa capacité à incarner un personnage complexe. Le film a également été analysé pour sa capacité à donner *chair* à la théorie de la performativité de genre, c'est-à-dire à montrer concrètement comment le genre peut être une performance, une construction sociale plutôt qu'une donnée biologique. En Autriche, où le film a été réalisé, il a suscité des débats sur la représentation des genres et des identités dans le cinéma contemporain. Le film invite le spectateur à réfléchir sur les normes sociales et sur la manière dont celles-ci influencent notre perception de nous-mêmes et des autres.

