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Thierry Larose à découvert

Le Devoir · mis à jour il y a 29 j

Avec son troisième album, «Le X du Y», le musicien se permet d’être plus direct sans perdre son goût du jeu..

Nouvel album de Larose

Thierry Larose, musicien québécois connu pour son approche subtile et ses personnages dans ses chansons, sort son troisième album intitulé Le X du Y. Contrairement à ses précédents travaux, cet opus marque un tournant vers plus de directivité et de transparence. L’artiste explique avoir longtemps utilisé des métaphores ou des personnages pour aborder ses émotions, mais avec cet album, il choisit de se dévoiler davantage. La pochette, qui le montre en gros plan, symbolise cette volonté de transparence. Il révèle avoir discuté avec une collègue, Rachel Leblanc (alias Vanille), qui a fait le même choix pour son troisième album. Larose abandonne ainsi le langage fleuri et les personnages fictifs pour des textes plus personnels et proches de son vécu.

Chansons autobiographiques

Parmi les titres de Le X du Y, plusieurs chansons adoptent une approche autobiographique, rompant avec la tradition de Larose de se cacher derrière des récits fictifs. L’une des pièces les plus marquantes est Brille encore, qui aborde le deuil d’une amie. L’artiste admet avoir ressenti le besoin de traiter ce sujet sans distance, ce qui a rendu l’écriture émotionnellement difficile. Il décrit ce morceau comme le plus éprouvant du disque, car il l’a forcé à affronter des souvenirs douloureux. À la fin de la chanson, les instruments prennent le relais, avec deux guitares qui dialoguent, comme une conversation inachevée où les mots manquent. Larose considère ce passage comme l’un des moments musicaux dont il est le plus fier.

Évolution artistique

Larose explique que son nouvel album cherche à réduire l’écart entre l’énergie de ses concerts et celle de ses disques. Ses spectacles sont devenus plus intenses au fil des années, tandis que ses albums restaient plus sobres. Pour Le X du Y, il a pris le temps de créer des maquettes et d’affiner chaque chanson avec ses collaborateurs, Léo Leblanc puis Alexandre Martel. Cet album marque aussi un changement dans sa méthode de composition : il a joué lui-même une quinzaine d’instruments, contrairement à ses habitudes. Il a également accordé plus d’importance à la guitare, son instrument fétiche, en intégrant des solos qui ne se limitent plus aux performances scéniques. Par exemple, la chanson Dernier métro a nécessité une réenregistrement de la voix pour atteindre une mélodie vocale plus ambitieuse.

Hommage à Sylvain Lelièvre

Dans le cadre d’une tournée hommage à Sylvain Lelièvre, Larose a découvert une démo instrumentale enregistrée en 1988 avec des paroles incomplètes. Éric Lelièvre, fils de l’artiste, lui a proposé d’utiliser cette base pour créer une nouvelle chanson, intitulée Monongahela. Larose a accepté, mais l’exercice s’est révélé stressant. Il a dû compléter les paroles en s’inspirant de l’œuvre complète de Lelièvre, tout en conservant des éléments originaux de la démo. Le résultat conserve des sonorités des années 1980, ce qui contraste avec le reste de l’album, ancré dans le présent. Larose décrit ce processus comme une forme d’archéologie musicale, avec Sylvain Lelièvre lui-même jouant du clavier sur le morceau final.

Titre et processus créatif

Le titre de l’album, Le X du Y, fait référence à une blague entre Larose et ses amis, qui ont remarqué que de nombreux albums québécois suivent une formule du type « quelque chose du quelque chose ». Ils ont transformé cette observation en une chanson où les titres sont réorganisés pour créer une petite histoire et des rimes. Bien que ce titre semble ludique et irrévérencieux, Larose souligne qu’il s’inscrit aussi dans une tradition québécoise. Pour la création de l’album, il a adopté un processus long et méthodique, contrairement à l’urgence qui avait caractérisé son précédent album, Sprint !. Ce travail minutieux visait à éviter la stagnation et à garantir une qualité optimale, comme il le précise : « Sprint 2, ça aurait vraiment été moins bon. »

Ce que ça pourrait changer

Larose aborde la notion de « nouvelle chanson québécoise », un label souvent associé à son nom. Il nuance cette étiquette en soulignant la fragilité de l’industrie musicale québécoise, tout en insistant sur l’importance de trouver une communauté artistique. Pour lui, la musique est un travail créatif qui ne peut pas forcer l’adhésion du public, mais qui peut inspirer par l’exemple. Il exprime son attachement à la culture québécoise et espère que cet amour soit contagieux. Cette vision reflète une approche humble et collective de la création, où l’artiste se voit comme une partie d’un tout plus grand, plutôt que comme une figure isolée. Il conclut en affirmant : « J’ose espérer que l’amour que j’ai pour la culture québécoise est contagieux. »

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