Le TGV d’Alto coûterait de 75 à 113 G$, selon la Directrice parlementaire du budget
L'estimation du BDPB est plus élevée que celle d'Ottawa, qui prévoit des coûts entre 60 et 90 milliards $..
Le projet de train à grande vitesse (TGV) Alto, qui doit relier Québec à Toronto, coûterait entre 75 et 113 milliards de dollars canadiens selon une estimation publiée le 1er octobre 2026 par le Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB). Cette fourchette est plus élevée que celle avancée par le gouvernement fédéral en 2024, qui l’évaluait entre 60 et 90 milliards de dollars. L’écart s’explique notamment par la longueur réelle du tracé, estimée à 850 kilomètres par le BDPB, contre les 1000 kilomètres initialement annoncés. En dollars de 2024, le coût par kilomètre varierait ainsi entre 88 et 133 millions de dollars selon l’étude, contre 71 à 106 millions de dollars dans l’estimation gouvernementale. Ces chiffres reflètent les incertitudes liées à la planification d’un projet d’infrastructure ferroviaire de cette envergure.
La construction du TGV Alto se heurte à des défis géologiques majeurs, en particulier sur les 130 kilomètres entre Ottawa et Peterborough. Cette section traverse le Bouclier canadien, une région rocheuse qui nécessite des travaux lourds d’excavation, de nivelage et de remblayage. Une alternative proposée en juin 2026 prévoit un tracé passant par Kingston, en Ontario, pour éviter une partie du Bouclier. Cependant, ce nouvel itinéraire traverserait la biosphère de l’arche de Frontenac, une zone protégée par l’UNESCO, ce qui imposerait des mesures d’atténuation environnementale coûteuses, comme la création de corridors pour la faune. Ces contraintes pourraient augmenter significativement le budget global du projet.
Le projet prévoit également des infrastructures complexes, notamment le creusement d’un tunnel de 15 kilomètres sous le Mont-Royal pour relier l’île de Montréal à Laval. Cette section s’ajoute à d’autres segments moins techniques, comme ceux reliant Montréal à Ottawa ou Québec, qui présentent un relief moins accidenté. Ces choix techniques visent à optimiser la vitesse et la sécurité du TGV, mais ils entraînent des coûts supplémentaires et des délais de construction plus longs. Le tracé final, encore en cours de raffinement, devra concilier performance, coût et respect de l’environnement.
Pour accélérer le projet, le gouvernement a adopté deux lois en 2025 et 2026 : la Loi sur l’unité de l’économie canadienne (C-5) et la Loi sur le réseau ferroviaire à grande vitesse (via le projet de loi C-15). Ces textes permettent de contourner certaines réglementations locales et d’accélérer l’acquisition des terrains nécessaires. Ils offrent notamment à Alto, l’organisme responsable du projet, un droit de premier refus pour l’achat des propriétés concernées. Malgré ces mesures, des contestations judiciaires ou des litiges pourraient encore retarder le projet, entraînant une hausse des coûts d’environ 1,5 milliard de dollars par année de retard.
Le projet du TGV Alto suscite des débats politiques, notamment au Québec. En septembre 2026, le Parti québécois a proposé de retirer la province du projet, une position qui s’ajoute aux oppositions déjà exprimées par certains groupes. Ces tensions pourraient influencer les négociations avec les propriétaires fonciers et les communautés locales, notamment dans l’est ontarien où *Alto* a déjà commencé à acheter des terrains et prépare des expropriations. Le gouvernement fédéral, de son côté, mise sur ce projet pour moderniser les transports entre les grandes villes canadiennes, mais son succès dépendra de la capacité à surmonter ces obstacles juridiques et sociaux.

