Les Émirats arabes unis rejoignent la “guerre économique totale” contre l’Iran
Après des semaines de politique d’apaisement vis-à-vis de Téhéran, Abou Dhabi a annoncé la rupture de ses relations commerciales et financières avec l’Iran. Une décision qui, si elle devait vraiment être appliquée, pourrait faire “plus de mal à l’Iran que les sanctions américaines”..
Les Émirats arabes unis (EAU) ont annoncé le 18 août 2026 l'interruption immédiate de tout commerce et de toutes les transactions financières avec l'Iran. Cette décision, prise la veille, fait suite à des tensions accrues entre les deux pays. Selon les autorités émiraties, deux missiles balistiques iraniens auraient été tirés, dont l'un serait tombé dans les eaux territoriales des EAU. Téhéran, de son côté, dément ces allégations. Cette mesure marque un durcissement de la position des EAU envers l'Iran, après une période de détente de deux mois. Le port historique de Deira, à Dubaï, était jusqu'alors un point de passage pour des échanges commerciaux plus ou moins clandestins entre les deux pays.
Les tensions entre les EAU et l'Iran se sont intensifiées ces dernières semaines. La semaine précédant l'annonce de l'embargo, plusieurs tirs de missiles iraniens auraient visé des bateaux battant pavillon émirati dans le détroit d'Ormuz, une voie maritime stratégique reliant le golfe Persique au golfe d'Oman. Ce détroit est un passage clé pour le transport du pétrole mondial, avec environ 20 % du pétrole consommé quotidiennement transitant par cette route. Les EAU, qui dépendent fortement des importations et du commerce international, considèrent ces attaques comme une menace directe à leur sécurité économique et militaire.
Cette décision marque un retour à une ligne dure des EAU envers l'Iran, similaire à celle adoptée au début de la guerre israélo-américaine. Cependant, depuis deux mois, les EAU et l'Iran avaient tenté de réduire les tensions bilatérales, cherchant à rétablir un dialogue diplomatique. Cette politique d'apaisement avait été encouragée par la signature, le 15 juin 2026, d'un protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran. Cet accord, d'une durée de 60 jours, visait à faciliter des négociations entre les parties belligérantes. Son expiration le 17 août 2026 coïncide avec le durcissement des positions des EAU.
Les EAU et l'Iran entretiennent des relations complexes, marquées par des rivalités historiques et géopolitiques dans la région du golfe Persique. Les EAU, soutenus par les États-Unis, voient dans l'Iran une menace régionale en raison de son programme nucléaire, de son influence en Syrie, au Yémen et en Irak, ainsi que de ses ambitions hégémoniques. Le détroit d'Ormuz, où se sont produites les tensions récentes, est un point de friction majeur. Environ 30 % du trafic maritime mondial de pétrole y transite, ce qui en fait une zone stratégique pour les économies mondiales, notamment celles des pays du Golfe.
L'embargo décrété par les EAU est qualifié de « hautement significatif » par les analystes, notamment le site qatari *Al-Jazeera*. Cette mesure intervient dans un contexte où les tensions régionales s'exacerbent, avec des risques de conflit ouvert. Les experts soulignent que ce retournement des EAU pourrait compliquer les efforts de désescalade en cours et fragiliser davantage la stabilité de la région. Le *Financial Times* confirme que cette décision rompt une dynamique de dialogue entamée depuis plus de deux mois, montrant la fragilité des tentatives de rapprochement entre les deux pays.

