Moyen-Orient : les exportations de pétrole brut à leur niveau d’avant-guerre, mais il va falloir s’armer de patience en France
Les cours du brut chutent enfin grâce à une réorganisation logistique record au Moyen-Orient. Mais il va falloir s’armer de patience pour voir des effets positifs en France..
Les exportations de pétrole brut en provenance du Moyen-Orient ont retrouvé, voire dépassé, leurs niveaux d’avant-guerre, atteignant désormais 18 millions de barils par jour. Cette reprise s’explique par une réorganisation logistique rapide des pays producteurs de la région. Environ 40 % du pétrole brut contourne désormais le détroit d’Ormuz, un passage stratégique souvent perturbé par des tensions géopolitiques. Pour y parvenir, les pays producteurs utilisent davantage leurs oléoducs terrestres, comme l’Arabie saoudite avec son pipeline est-ouest menant à la mer Rouge, ou les Émirats arabes unis qui exportent via le terminal de Fujairah, situé en dehors du golfe Persique. Cette stratégie permet de sécuriser les livraisons malgré les risques liés aux conflits régionaux.
Le détroit d’Ormuz est un passage maritime étroit reliant le golfe Persique au golfe d’Oman. Il est considéré comme l’une des routes maritimes les plus importantes au monde pour le transport de pétrole, car environ 20 % du pétrole brut mondial transite par cette zone. Son contrôle est un enjeu géopolitique majeur, notamment en raison des tensions entre l’Iran et d’autres pays de la région. En contournant ce détroit via des oléoducs terrestres, les pays producteurs réduisent leur dépendance à cette route maritime et limitent les risques de perturbations liées aux conflits ou aux sanctions internationales.
Le pétrole brut, extrait des sous-sols, est une matière première inutilisable directement dans les moteurs. Il doit d’abord être transformé dans des raffineries, où il est chauffé pour séparer ses différents composants selon leur température d’ébullition. Ce processus produit des carburants comme l’essence, le gazole, le kérosène ou le fioul. La France, contrairement à d’autres pays comme l’Espagne, ne produit pas suffisamment de gazole sur son territoire et doit donc importer ce carburant raffiné depuis d’autres régions, ce qui prend du temps et influence les prix à la pompe.
Bien que les exportations de pétrole brut aient retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre, les effets sur les prix des carburants en France ne seront visibles qu’à partir de début novembre 2026, selon Michel-Édouard Leclerc, patron de la grande distribution. Cette lenteur s’explique par la chaîne d’approvisionnement complexe du pétrole : après extraction, le brut doit être raffiné, puis acheminé via des oléoducs, des navires pétroliers et enfin des camions-citernes, ce qui peut prendre plusieurs semaines. De plus, la France doit importer du gazole depuis des zones éloignées, comme le golfe du Mexique, ce qui allonge encore les délais avant une baisse éventuelle des prix.
La France souffre d’un déficit structurel en matière de production de gazole, un carburant essentiel pour les véhicules diesel et les transports routiers. Contrairement à d’autres pays européens comme l’Espagne, la France ne dispose pas de suffisamment de raffineries capables de produire ce type de carburant en quantité suffisante. Cette situation oblige le pays à importer du gazole depuis l’étranger, ce qui le rend vulnérable aux fluctuations des prix internationaux et aux perturbations logistiques. Michel-Édouard Leclerc souligne que ce manque de production locale aggrave la dépendance de la France aux importations et retarde les effets positifs des exportations de pétrole brut.

