Fuites de méthane : l'Europe cède aux lobbies de l'énergie
La Commission européenne a cédé à la pression des géants du gaz en acceptant d'ajourner d'un an la mise en place d'une obligation de reporting sur les fuites de méthane. C'est une demande des lobbies de l'énergie qui utilisent la situation de crise pour attaquer toute nouvelle contrainte.
La Commission européenne a proposé en 2023 une nouvelle réglementation visant à réduire les fuites de méthane dans le secteur de l'énergie. Ce gaz, appelé aussi gaz naturel ou CH4 (formule chimique), est le deuxième gaz à effet de serre le plus puissant après le dioxyde de carbone (CO2). Il est principalement émis lors de l'extraction, du transport et de la distribution du gaz naturel, ainsi que dans l'agriculture. La proposition de la Commission vise à imposer des contrôles réguliers et des sanctions en cas de dépassement des seuils autorisés, mais elle a été critiquée pour son manque d'ambition par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG).
Les ONG, comme Recommon ou Climate Action Network Europe, accusent les lobbies de l'énergie d'avoir affaibli le texte initial. Ces groupes d'influence, représentant des entreprises du secteur pétrolier, gazier et charbonnier, ont obtenu des assouplissements significatifs. Par exemple, les contrôles obligatoires ont été réduits à une fois tous les trois ans au lieu d'une fois par an, et les sanctions financières ont été limitées. Les lobbies justifient ces modifications par la nécessité de ne pas pénaliser la compétitivité des entreprises européennes, tandis que les ONG y voient une victoire pour les intérêts privés au détriment de l'environnement.
Le méthane a un pouvoir de réchauffement 28 à 36 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 100 ans, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). En Europe, les fuites de méthane dans le secteur énergétique représentent environ 3 à 4 % des émissions totales de gaz à effet de serre du continent. Réduire ces fuites est donc considéré comme une priorité pour atteindre les objectifs climatiques de l'Union européenne, notamment la neutralité carbone d'ici 2050. Pourtant, les nouvelles règles proposées ne couvrent pas l'ensemble des sources de méthane, comme les mines de charbon ou les décharges.
Plusieurs ONG, dont Greenpeace et Les Amis de la Terre, dénoncent un recul par rapport aux engagements initiaux. Elles soulignent que les assouplissements accordés aux lobbies pourraient entraîner des fuites supplémentaires de méthane équivalant à 100 millions de tonnes de CO2 par an en Europe. Des experts indépendants, comme ceux du Cabinet de conseil Carbon Tracker, estiment que ces mesures risquent de saper les efforts de décarbonation et de prolonger la dépendance aux énergies fossiles. La Commission européenne, quant à elle, défend sa proposition en invoquant un équilibre entre transition énergétique et réalité économique.
Cette décision s'inscrit dans un contexte de **crise énergétique** en Europe, exacerbée par la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques avec la Russie. Depuis **2022**, l'Union européenne cherche à réduire sa dépendance au gaz russe, ce qui a conduit à une augmentation des importations de gaz en provenance des États-Unis et du Qatar. Ces pays, principaux fournisseurs, sont également parmi les plus gros émetteurs de méthane au monde. La nouvelle réglementation européenne, bien que critiquée, reflète donc les **compromis politiques** entre sécurité énergétique et lutte contre le changement climatique.

