« Lignes jaunes », « zones tampon »... Depuis le 7 octobre
Liban, Syrie, Gaza, Cisjordanie : l'armée israélienne occupe des pans entiers des pays voisins. Des habitants y dénoncent le règne de l'arbitraire et la crainte d'une annexion sans précédent depuis des décennies.
Depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, le gouvernement israélien a accéléré des mesures d'annexion de territoires palestiniens en Cisjordanie. Ces actions s'inscrivent dans une politique plus large de colonisation et de contrôle des zones stratégiques. Les termes lignes jaunes et zones tampon désignent des concepts géopolitiques précis dans ce conflit. Les lignes jaunes font référence à des frontières tracées unilatéralement par Israël pour délimiter des zones sous son contrôle direct ou indirect, souvent en violation du droit international. Les zones tampon sont des espaces créés par Israël pour séparer les colonies israéliennes des zones palestiniennes, mais qui servent aussi à étendre son emprise territoriale. Ces mesures ont été renforcées après le 7 octobre, date symbolique marquant un tournant dans la politique israélienne envers les Palestiniens.
Selon des observateurs et des rapports d'ONG, Israël a intensifié depuis le 7 octobre 2023 des projets d'annexion en Cisjordanie, une région palestinienne occupée depuis 1967. Ces projets incluent la construction de nouvelles colonies, l'expansion de celles existantes et la création de zones tampon autour des colonies. Par exemple, des milliers de nouveaux logements pour colons israéliens ont été autorisés dans des zones classées comme C par les accords d'Oslo, c'est-à-dire sous contrôle israélien total. Ces mesures visent à faire le fait accompli, une stratégie consistant à créer des faits sur le terrain pour rendre toute rétrocession territoriale future plus difficile. En 2023, plus de 14 000 logements pour colons ont été approuvés, un record depuis des années. Ces actions sont souvent justifiées par des raisons de sécurité, mais elles sont critiquées par la communauté internationale comme des violations du droit international.
Les mesures israéliennes ont suscité des réactions variées à l'international. Plusieurs pays et organisations, comme l'Union européenne ou l'ONU, ont exprimé leur inquiétude face à l'accélération des annexions. Par exemple, en novembre 2023, l'UE a rappelé que les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé sont illégales selon le droit international. De même, des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont dénoncé ces pratiques, soulignant leur impact sur les droits des Palestiniens. En Israël même, des voix critiques, comme celles de certains députés de la Knesset (le Parlement israélien) ou d'associations de défense des droits humains, ont alerté sur les risques de ces politiques pour la stabilité régionale et la viabilité d'une solution à deux États. Ces réactions restent cependant limitées en termes de sanctions concrètes contre Israël.
Les Palestiniens de Cisjordanie subissent directement les conséquences de ces politiques d'annexion. Les zones tampon et les lignes jaunes restreignent leur accès à leurs terres, limitent leurs déplacements et augmentent les risques de démolitions de maisons ou de destructions de cultures. Par exemple, depuis octobre 2023, des centaines de Palestiniens ont été déplacés de force pour faire place à des projets de colonisation. Les restrictions de mouvement, imposées notamment via des checkpoints militaires, compliquent aussi l'accès aux services de base comme les soins ou l'éducation. Selon l'ONU, plus de 700 000 Palestiniens vivent aujourd'hui sous le régime des zones tampon, où les autorités israéliennes peuvent restreindre l'accès à l'eau, à l'électricité ou aux routes. Ces mesures aggravent les conditions de vie et alimentent les tensions dans la région.
Pour Israël, l'accélération des annexions en Cisjordanie s'inscrit dans une stratégie plus large visant à consolider son contrôle sur le territoire. Cette politique repose sur plusieurs piliers : la construction de colonies, la création de *zones tampon* pour isoler les Palestiniens, et l'application de lois israéliennes dans des zones occupées, ce qui équivaut à une annexion *de facto*. Par exemple, en 2023, le gouvernement israélien a adopté une loi permettant d'étendre la juridiction israélienne à des zones de Cisjordanie, une mesure critiquée comme une violation du droit international. Cette stratégie est portée par des ministres de la coalition gouvernementale, dont certains, comme le ministre des Finances Bezalel Smotrich, sont des figures ouvertement favorables à l'annexion totale de la Cisjordanie. L'objectif affiché est de garantir la sécurité d'Israël, mais cette politique est aussi perçue comme une tentative de rendre irréversible la présence israélienne dans ces territoires.

