Trump exige que le Sénat annule ses vacances pour adopter une réforme sur le vote
Ce projet de loi pourrait priver de leur droit de vote quelque 20 millions d’Américains..
Donald Trump, président des États-Unis, a demandé au chef de la majorité au Sénat, John Thune, d’annuler les vacances parlementaires prévues en août pour faire adopter le Save America Act. Ce projet de loi vise à imposer une obligation stricte de preuve de citoyenneté pour voter aux élections. Le Sénat, composé de 100 membres, compte actuellement 53 républicains contre 47 démocrates. Pour faire adopter une loi, il faut généralement 60 voix en raison de l’obstruction parlementaire (appelée filibuster en anglais), un mécanisme qui permet de bloquer un texte en prolongeant indéfiniment les débats. Les républicains ne disposent pas de ces 60 voix, ce qui rend l’adoption du projet difficile sans modification du règlement du Sénat.
Donald Trump a multiplié les pressions sur John Thune, l’exhortant à supprimer l’obstruction parlementaire ou à contourner ce mécanisme pour faire adopter le Save America Act. Sur les réseaux sociaux, Trump a écrit que Thune ne devait pas permettre au Sénat de quitter Washington avant l’adoption de la loi, voire avant l’abolition de l’obstruction parlementaire. Il a également réaffirmé devant les journalistes que leurs relations restaient bonnes, tout en insistant sur le fait que Thune devait « faire son travail ». Cette demande s’inscrit dans une campagne plus large menée depuis des mois par Trump et d’autres figures républicaines pour faire adopter cette réforme avant les élections de mi-mandat de novembre 2024.
Face à l’impossibilité d’obtenir 60 voix, les républicains explorent une autre voie : la procédure de réconciliation budgétaire. Cette méthode permet d’adopter des lois liées au budget à la majorité simple (51 voix) au Sénat, sans possibilité d’obstruction. La Chambre des représentants, dominée par les républicains, a déjà approuvé un cadre budgétaire incluant 10 milliards de dollars pour financer des modifications des règles de vote conformes au Save America Act. Cependant, John Thune a indiqué que même cette approche ne disposait pas actuellement des voix nécessaires. Cette bataille législative risque de perturber les priorités du Sénat avant la pause estivale du 7 août, période où les sénateurs rentrent dans leurs circonscriptions pour faire campagne.
La pause estivale du Sénat est cruciale, car elle coïncide avec le début des campagnes électorales pour les élections de mi-mandat. Plusieurs sénateurs républicains, comme Susan Collins (Maine), Jon Husted (Ohio) et Dan Sullivan (Alaska), sont engagés dans des courses électorales serrées. John Thune espérait utiliser cette période pour avancer sur d’autres priorités législatives, comme le financement du gouvernement, une loi sur les cryptomonnaies ou des sanctions contre la Russie. Le Save America Act pourrait donc compliquer ce calendrier et créer des tensions au sein du parti républicain, Thune ayant jusqu’ici résisté aux pressions de Trump.
Le Save America Act, officiellement nommé Safeguard American Voter Eligibility (SAVE), imposerait aux Américains de prouver leur citoyenneté pour s’inscrire sur les listes électorales. Les documents acceptés incluraient un passeport américain valide ou un certificat de naissance. Une pièce d’identité avec photo serait également requise pour voter, une exigence déjà en place dans certains États. Selon des experts en droit électoral, ce projet de loi pourrait priver de leur droit de vote 20 millions d’électeurs qui n’ont pas facilement accès à ces documents. Trump présente cette réforme comme une mesure pour lutter contre la fraude électorale, bien que celle-ci soit considérée comme rare aux États-Unis.
Donald Trump a fait du *Save America Act* une priorité législative pour 2024, refusant de signer d’autres lois tant que ce texte n’aurait pas été adopté. Il affirme que la fraude électorale est « endémique », une affirmation contestée par les experts. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large du Parti républicain pour durcir les règles électorales, notamment dans les États où ils contrôlent les législatures. La réforme vise à renforcer la confiance dans le système électoral, selon ses partisans, mais ses détracteurs y voient une tentative de restreindre l’accès au vote pour certains groupes de population.

