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Généraliste

La fatigue électorale se fait déjà sentir

Le Devoir · mis à jour il y a 9 j

Après seulement deux semaines de campagne, on peine à suivre le rythme des promesses des cinq partis dans la course..

Fatigue des électeurs

Après deux semaines de campagne électorale impliquant cinq partis politiques au Québec, de nombreux électeurs ressentent une lassitude marquée. Les promesses répétées et le rythme soutenu des engagements rendent difficile le suivi des propositions pour les citoyens. Certains, comme Diaka Camara, une gestionnaire en technologies de l’information et mère de trois enfants, avouent perdre progressivement leur intérêt pour la politique, malgré leur engagement habituel. Cette désaffection s’étend même à des émissions électorales télévisées comme Cinq chefs, une élection, diffusée sur Radio-Canada, que certains ne regardent plus. Cette apathie suscite des inquiétudes, car elle pourrait entraîner une baisse de la participation électorale, un pilier essentiel de la démocratie. Les électeurs craignent que les partis se concentrent davantage sur les apparences ou les stratégies de communication, qualifiées ici de make-up, plutôt que sur des solutions concrètes aux enjeux de société.

Surcharge d'informations

L’afflux massif de promesses électorales, rendu possible par la présence d’un nombre record de partis en lice, contribue à la saturation des électeurs. Marjolaine Cloutier, conseillère stratégique dans le milieu communautaire, souligne que cette avalanche d’engagements, combinée à un flux constant d’informations sur les réseaux sociaux, rend difficile la distinction entre les propositions sérieuses et les annonces opportunistes. Ce phénomène est amplifié par un climat social marqué par des inquiétudes majeures, comme les alertes sur les risques liés à l’intelligence artificielle (IA), qui pourraient, selon un ancien employé de la firme Anthropic, menacer l’existence de l’humanité d’ici dix ans. Ces préoccupations globales détournent l’attention des enjeux locaux et nationaux, rendant les citoyens moins enclins à s’investir dans le processus électoral.

Promesses électorales ciblées

Les partis politiques proposent des mesures souvent limitées à des publics spécifiques, comme le versement de 100 $ aux familles pour encourager la pratique sportive par le Parti conservateur. Bien que ces initiatives puissent répondre à des besoins immédiats, elles contrastent avec des projets historiques plus ambitieux, comme la nationalisation de l’hydroélectricité ou la Loi sur le financement électoral, portés par des figures politiques québécoises telles que Lesage, Lévesque, Bourassa ou Parizeau. Mahjoub El Hamakani, gestionnaire retraité de 74 ans, regrette l’absence de vision à long terme dans la campagne actuelle. Il souligne que les partis peinent à proposer des réformes structurelles capables de transformer durablement la société, au-delà des simples ajustements budgétaires ou fiscaux.

Dette et infrastructures

Jocelyn Brousseau, un travailleur humanitaire de 44 ans revenu au Québec après 17 ans à l’étranger, met en lumière l’urgence de s’attaquer à la vétusté des infrastructures publiques. Selon le Plan québécois des infrastructures, 61 % des écoles, 38 % des hôpitaux, 35 % des CLSC, 65 % des cégeps et 51 % du réseau routier sont jugés vétustes. Les sommes allouées à leur rénovation sont passées de 88 milliards sur 10 ans en 2016 à 167 milliards sur la même période en 2026, sans que la situation ne s’améliore. Brousseau interroge les partis sur leur capacité à concilier réduction de la dette et amélioration des services publics, un équilibre complexe à trouver dans un contexte économique tendu.

Vision et leadership

Plusieurs citoyens, comme Diaka Camara et Marjolaine Cloutier, attendent des dirigeants qu’ils fassent preuve de vision plutôt que de gestion à court terme. Pour eux, un bon leader doit être capable de proposer des projets transformateurs, comme la création d’institutions durables, plutôt que de se contenter de gérer le quotidien. Diaka Camara, par exemple, déplore l’absence de mesures structurantes pour les jeunes générations. De son côté, Marjolaine Cloutier souligne que l’absence d’espoir dans les propositions des partis est un frein majeur à l’engagement citoyen. Elle rappelle que les élections américaines, où des promesses comme le versement de 5 000 $ à chaque adulte américain en cas de victoire républicaine, illustrent une dérive qui peut décourager la participation démocratique.

Environnement négligé

Alicia Despins, doctorante et chargée de cours de 32 ans, s’étonne de la faible place accordée à l’environnement dans les plateformes électorales, alors que les signes des changements climatiques (changements climatiques) s’intensifient chaque année. En 2026, les phénomènes extrêmes touchent particulièrement les populations vulnérables, mais les mesures concrètes pour y faire face restent rares dans les discours des partis. Elle interroge les candidats sur leurs propositions pour lutter contre ces bouleversements et soutenir les communautés les plus exposées, un enjeu qui, selon elle, devrait être central dans une campagne électorale.

Souveraineté et immigration

Louis-Philippe Durbet, étudiant en droit de 22 ans, exprime sa préférence pour la vision de Québec solidaire (QS) en matière de souveraineté, notamment pour son approche inclusive envers les personnes issues de l’immigration. Il défend l’idée d’une assemblée constituante, où le peuple rédigerait d’abord une constitution avant de voter sur la création d’un Québec souverain, une proposition qui dépasse le cadre traditionnel des partis politiques. De son côté, Lylliane Le Quellec, ingénieure retraitée de 64 ans, salue une proposition du Parti libéral concernant l’immigration temporaire, qui prévoit de consulter chaque région pour adapter les politiques aux besoins locaux. Elle critique les autres partis, qui avancent des chiffres globaux sans tenir compte des réalités territoriales.

Ce que ça pourrait changer

L’Institut de la statistique du Québec a révélé en février 2026 que 59 % de la main-d’œuvre québécoise occupe un emploi hautement exposé à l’intelligence artificielle (IA). Cela représente près de 1,3 million de travailleurs dont les professions pourraient être automatisées plutôt qu’assistées par les nouvelles technologies. Lylliane Le Quellec, qui a travaillé dans le domaine de l’informatique, s’interroge sur les mesures proposées par les partis pour accompagner cette transition. Elle note que cette question, pourtant cruciale pour l’avenir économique et social du Québec, est absente des débats électoraux, alors qu’elle devrait mobiliser l’attention des candidats.

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