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Environnement

« Nous avons dû agir » : contre la ruée vers l'or, ces petites villes font leur propre loi

Reporterre · mis à jour il y a 5 j

Face à l'avancée de la ruée vers l'or, trois villes de Bolivie ont chacune adopté une loi interdisant l'implantation de mines sur leur territoire. « Ce serait la fin pour nous », confient les producteurs de café et de cacao de la région.

Ruée vers l'or en Bolivie

En Bolivie, depuis 2016, une ruée vers l'or a transformé des régions comme La Paz et Oruro. Cette ruée désigne une affluence massive de mineurs, souvent informels, attirés par la hausse du prix de l'or. En 2020, le prix de l'or a atteint un record historique de 2 000 dollars l'once, incitant des milliers de personnes à se lancer dans l'extraction minière. Cette activité, initialement artisanale, s'est intensifiée avec l'arrivée de technologies plus performantes comme les machines à pomper l'eau des rivières pour extraire l'or, appelées dragues. Ces méthodes, bien que lucratives, ont des conséquences environnementales et sociales graves, notamment la déforestation, la pollution des cours d'eau et des conflits entre mineurs et communautés locales.

Impact environnemental

L'extraction d'or à grande échelle en Bolivie a causé des dégâts environnementaux majeurs. Les dragues utilisées par les mineurs rejettent des sédiments et des produits chimiques comme le mercure dans les rivières, contaminant l'eau potable et tuant la faune aquatique. Selon des rapports locaux, environ 50 % des cours d'eau de la région de La Paz sont désormais pollués. Les communautés indigènes, qui dépendent de ces rivières pour leur survie, subissent directement ces conséquences. Par exemple, dans la province de Sud Yungas, les habitants ont signalé une baisse de 30 % des prises de poissons depuis 2018. Face à cette crise, les autorités locales ont dû intervenir pour limiter les dégâts.

Réaction des autorités

Face à l'urgence écologique et sociale, plusieurs petites villes boliviennes ont pris des mesures radicales pour réguler l'extraction d'or. En 2021, la municipalité de Caranavi, située dans le département de La Paz, a interdit l'utilisation de dragues sur son territoire. Cette décision a été justifiée par la nécessité de protéger les ressources naturelles et la santé des habitants. D'autres communes, comme Tipuani et Mapiri, ont adopté des lois similaires, parfois sous la pression des communautés locales. Ces mesures s'inscrivent dans un contexte où le gouvernement bolivien, bien que légalement compétent pour gérer les ressources naturelles, a tardé à agir, laissant les municipalités prendre les devants.

Conflits et résistance

Les mesures prises par les municipalités ont suscité des tensions avec les mineurs, souvent organisés en coopératives. Ces dernières, qui regroupent des milliers de membres, ont protesté contre les interdictions, arguant que leurs activités procurent des revenus essentiels à des milliers de familles. Par exemple, la coopérative minière de Tipuani emploie directement 5 000 personnes et indirectement 15 000 autres. Les mineurs ont organisé des blocages de routes et des manifestations pour faire pression sur les autorités. Malgré ces résistances, certaines municipalités ont maintenu leurs décisions, comme à Caranavi, où la mairie a justifié son choix par la nécessité de préserver l'environnement pour les générations futures.

Solutions alternatives

Pour réduire la dépendance à l'extraction d'or, certaines communautés explorent des modèles économiques alternatifs. À Mapiri, une initiative locale encourage les agriculteurs à cultiver des plantes comme le café ou le cacao, moins destructrices pour l'environnement. Une autre solution envisagée est la création de réserves naturelles communautaires, où l'extraction serait strictement encadrée ou interdite. Ces projets s'appuient sur des financements internationaux, comme ceux de l'Union européenne, qui a débloqué 2 millions d'euros en 2022 pour soutenir la transition écologique en Bolivie. Cependant, ces alternatives peinent à convaincre tous les acteurs, notamment les mineurs qui y voient une menace pour leurs moyens de subsistance.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les efforts des municipalités, les défis restent nombreux. L'extraction illégale d'or continue dans certaines zones, souvent avec la complicité de réseaux criminels. En 2023, les autorités ont saisi 1,2 tonne d'or illégal à la frontière avec le Brésil, illustrant l'ampleur du trafic. De plus, la pauvreté persistante dans les régions minières pousse de nombreux habitants à continuer cette activité, malgré les risques. Enfin, le manque de coordination entre les différentes municipalités et le gouvernement central limite l'efficacité des mesures locales. Pour les observateurs, une solution durable nécessitera à la fois des alternatives économiques et une meilleure régulation nationale.

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