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Géopolitique

Quarante ans et 5 300 cerveaux : bienvenue à la Banque de cerveaux d’Amsterdam

Courrier International · mis à jour 2 oct.

Créée en 1985 par un professeur de neurobiologie, la Banque de cerveaux d’Amsterdam abrite une collection unique. En fournissant des fragments de tissus cérébraux aux laboratoires de recherche du monde entier, elle contribue à améliorer la connaissance de cet organe mystérieux, souligne le quotidien néerlandais “NRC”..

Une collection unique

La Banque de cerveaux d’Amsterdam est une institution scientifique fondée en 1985 par le neurobiologiste néerlandais Dick Swaab. Elle abrite une collection exceptionnelle de plus de 5 300 cerveaux humains conservés dans des seaux blancs remplis d’un liquide de conservation. Ces organes, prélevés après le décès de donneurs, proviennent de personnes ayant souffert de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques ou des troubles psychiatriques. Contrairement à une banque classique, celle-ci ne stocke pas de l’argent, mais des tissus cérébraux destinés à la recherche médicale. Son objectif est d’aider les scientifiques du monde entier à mieux comprendre le fonctionnement du cerveau, notamment dans le cadre de maladies encore mal comprises. La Banque joue ainsi un rôle clé dans l’avancée des connaissances en neurosciences.

Fondation et évolution

À l’origine, la Banque de cerveaux a été créée pour soutenir les travaux de recherche de Dick Swaab sur la maladie d’Alzheimer. À ses débuts, le professeur recrutait principalement des donneurs dans les maisons de retraite et procédait lui-même aux prélèvements, souvent de nuit. Aujourd’hui, l’institution s’est professionnalisée et collabore avec des centaines de laboratoires internationaux. Elle fournit des échantillons de tissus cérébraux à des équipes de recherche qui étudient les mécanismes des maladies neurodégénératives ou les effets de certaines substances sur le cerveau. En quarante ans d’existence, la Banque est devenue une référence mondiale, reconnue pour la qualité et la diversité de sa collection. Elle a également contribué à des avancées majeures dans la compréhension de maladies comme l’Alzheimer, qui touche des millions de personnes dans le monde.

Fonctionnement et enjeux

La Banque de cerveaux fonctionne comme une bibliothèque de tissus cérébraux, où chaque échantillon est soigneusement étiqueté et conservé dans des conditions optimales pour éviter toute dégradation. Les chercheurs du monde entier peuvent demander l’accès à ces échantillons pour leurs études, sous réserve d’obtenir les autorisations éthiques nécessaires. La conservation des cerveaux pose cependant des défis logistiques et éthiques. Par exemple, la Banque manque actuellement de donneurs ayant souffert de troubles psychiatriques, ce qui limite les possibilités de recherche dans ce domaine. Les prélèvements doivent respecter des protocoles stricts pour garantir la qualité des tissus et éviter toute contamination. Enfin, la question du consentement des donneurs ou de leurs familles est centrale : les cerveaux ne sont prélevés qu’avec l’accord explicite des personnes concernées, avant ou après leur décès.

Impact scientifique

La Banque de cerveaux d’Amsterdam a permis des avancées significatives dans la recherche sur les maladies neurodégénératives. Grâce à ses échantillons, des équipes internationales ont pu étudier les différences entre un cerveau sain et un cerveau atteint de la maladie d’Alzheimer, identifier des marqueurs biologiques précoces ou tester de nouvelles thérapies. Par exemple, des recherches menées à partir de ses données ont contribué à mieux comprendre comment certaines protéines s’accumulent dans le cerveau des patients Alzheimer, ouvrant la voie à des traitements potentiels. La Banque sert également de référence pour valider des hypothèses ou des résultats obtenus par d’autres méthodes, comme l’imagerie cérébrale. Son rôle est donc à la fois scientifique et médical, en fournissant aux chercheurs des outils indispensables pour faire progresser la médecine.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses quarante ans d’existence, la Banque de cerveaux d’Amsterdam fait face à plusieurs défis. Le premier est d’ordre logistique : conserver plus de 5 300 cerveaux nécessite des infrastructures adaptées et un budget conséquent pour maintenir les échantillons en parfait état. Un autre défi est éthique et sociétal : convaincre davantage de personnes de donner leur cerveau après leur décès, notamment pour des maladies encore stigmatisées comme les troubles psychiatriques. La Banque cherche aussi à diversifier ses sources de financement, car elle dépend en partie de subventions publiques et de partenariats privés. Enfin, elle doit s’adapter aux évolutions technologiques, comme l’utilisation de l’intelligence artificielle pour analyser les données issues des tissus cérébraux. À l’avenir, son objectif est de continuer à jouer un rôle central dans la recherche médicale, tout en répondant aux attentes croissantes des scientifiques et de la société.

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