Ramollir les ovaires, la solution pour augmenter la durée de la fertilité?
Des chercheurs ont mis au point un traitement expérimental qui assouplit les ovaires chez des animaux âgés et améliore nettement leur fertilité. Une piste prometteuse pour retarder le déclin reproductif..
La fertilité féminine diminue naturellement avec l'âge, surtout après 35 ans. En France, plus d'un quart des mères ont 35 ans ou plus, selon une étude de Santé publique France. Ce déclin s'explique en partie par des changements dans les ovaires. Avec le temps, leurs tissus deviennent plus rigides, ce qui peut perturber le développement des ovocytes (cellules reproductrices féminines) et réduire leur qualité. Les chercheurs s'intéressent donc aux mécanismes du vieillissement ovarien pour trouver des solutions permettant de prolonger la fenêtre de fertilité.
Les scientifiques ont étudié les ovaires de femmes âgées de 18 à 52 ans et ont observé que la protéine interleukine-11 augmentait avec l'âge. Cette protéine active les fibroblastes, des cellules du tissu conjonctif qui produisent du collagène. Or, le collagène contribue à la rigidité des ovaires. Les chercheurs ont donc cherché un moyen de bloquer l'action de cette protéine pour assouplir les ovaires et améliorer leur fonctionnement. L'interleukine-11 est une molécule du système immunitaire, mais ici, elle joue un rôle dans le vieillissement des tissus ovariens.
Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont développé un médicament capable de bloquer la production d'interleukine-11 en désactivant le gène responsable de cette protéine. Ils ont injecté ce traitement à des souris âgées de 36 semaines (équivalent à 30-40 ans chez l'humain), deux fois par semaine pendant quatre semaines. Les résultats ont montré une réduction de 36 % de la rigidité ovarienne chez les souris traitées par rapport aux autres. Chez les rats plus âgés, l'effet était encore plus marqué, avec une rigidité diminuée et une fertilité améliorée.
Chez les souris traitées, le taux de conception est passé de 25 % à 50 %, et la taille moyenne des portées est passée de trois à cinq petits. Chez les rats plus âgés, le taux de conception est passé de 20 % à 50 %, et le nombre moyen de petits par portée est passé de un à cinq. Ces résultats suggèrent que le traitement pourrait améliorer la fertilité en assouplissant les ovaires. Cependant, ces expériences ont été réalisées sur des animaux, et le médicament n'est pas encore testé chez l'humain.
Francesca Duncan, chercheuse à l'Université Northwestern aux États-Unis, estime que cette approche pourrait avoir des effets comparables chez des femmes en préménopause. Le traitement pourrait donc prolonger la période de fertilité féminine. Cependant, le médicament est encore loin d'être testé chez l'humain, et de nombreuses étapes restent nécessaires avant d'envisager une application médicale. Les chercheurs soulignent que cette piste ouvre des perspectives pour la santé reproductive, mais aussi pour d'autres aspects de la santé féminine.
Barbara Vanderhyden, chercheuse à l'Université d'Ottawa au Canada, souligne que préserver plus longtemps la fonction ovarienne pourrait avoir des bénéfices plus larges. Cela pourrait retarder certains effets de la ménopause, comme l'ostéoporose (une maladie qui fragilise les os) ou les maladies cardiovasculaires (problèmes du cœur et des vaisseaux sanguins). Selon elle, prolonger l'activité des ovaires ne concernerait pas seulement la capacité à avoir des enfants, mais aussi le vieillissement en bonne santé des femmes.

