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Environnement

Sécheresse et canicules à répétition : des Pyrénées-Orientales à la Guadeloupe, la France est en voie de désertification

Vert.eco · mis à jour il y a 7 j

La 17ème conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification se déroule du 17 au 28 août à Oulan-Bator (Mongolie). Un phénomène qui concerne aussi la France, d’autant plus vulnérable après la chaleur de cet été et la répétition des sécheresses ces dernières années.

Sécheresses et sols dégradés

En août 2026, la France subit un été caniculaire marqué par des sécheresses répétées qui dégradent les sols. Ces derniers perdent leur capacité à filtrer l’eau, stocker le carbone et abriter une biodiversité essentielle comme les vers de terre ou les champignons. Selon le géographe Jean-Daniel Cesaro, cette dégradation est moins médiatisée que les incendies, alors qu’elle menace les rendements agricoles et aggrave les effets du changement climatique. Par exemple, aux Brouzils en Vendée, le manque de précipitations a asséché les sols, illustrant cette tendance nationale. Les sécheresses répétées accélèrent la détérioration des terres, un phénomène qui passe souvent inaperçu malgré son importance.

Critères de désertification

Une terre est considérée comme dégradée, voire en voie de désertification, lorsqu’elle remplit trois critères : un couvert végétal très faible ou absent, une baisse de productivité agricole ou forestière, et une réduction de sa capacité à stocker le carbone organique. À l’échelle mondiale, 40 % des terres émergées sont touchées par ce phénomène. En France, 1,4 % du territoire, soit 751 000 hectares, est concerné selon les critères internationaux de désertification. Ces zones se trouvent principalement dans des climats arides, semi-arides ou subhumides secs, comme le pourtour méditerranéen, la Corse-du-Sud, La Réunion, la Guadeloupe et Mayotte. La France s’est déclarée officiellement « partie affectée » par la désertification lors de la COP16 en 2024.

Méditerranée en danger

Le pourtour méditerranéen, et notamment les Pyrénées-Orientales, est particulièrement vulnérable aux sécheresses aggravées par le dérèglement climatique. Depuis 1960, la surface moyenne touchée par la sécheresse en Occitanie a triplé. Les réserves en eau souterraine diminuent, mettant en péril l’irrigation des cultures comme la vigne, avec des conséquences économiques majeures. Selon les projections, le nombre de jours secs pourrait augmenter de 25 % d’ici 2050 si les émissions de gaz à effet de serre suivent leur trajectoire actuelle, et jusqu’à 50 % dans le pire scénario. Ces conditions favorisent l’érosion et la pollution des sols, aggravant leur dégradation.

Boucle de dégradation

La dégradation des sols crée une boucle infernale : les terres abîmées libèrent le carbone qu’elles stockaient, ce qui augmente les concentrations de CO₂ dans l’atmosphère et intensifie les dérèglements climatiques. Ces derniers, à leur tour, accentuent les sécheresses et accélèrent la désertification. En France, 77 % des sols de l’Hexagone sont déjà abîmés, même en dehors des zones arides, selon le Comité scientifique français de la désertification. Ce phénomène est alimenté par des pratiques agricoles comme les monocultures, l’utilisation intensive d’engins mécanisés ou d’engrais, qui épuisent les sols et réduisent leur résilience face aux changements climatiques.

Solutions agricoles durables

Pour lutter contre la dégradation des sols, des pratiques comme l’agroécologie ou l’agroforesterie sont encouragées. Ces méthodes s’appuient sur le fonctionnement naturel des écosystèmes pour préserver ou restaurer les sols. Par exemple, éviter de laisser un sol à nu grâce à un couvert végétal ou au paillis, ou encore augmenter la quantité de matière organique dans le sol, permet de limiter l’érosion et d’améliorer sa structure. Les racines des arbres plantés aident à fixer le sol et à lutter contre l’érosion. Ces solutions sont reconnues par la communauté scientifique internationale et ont été mises en avant lors des précédentes COP sur la désertification.

Pastoralisme et COP17

Le pastoralisme, qui consiste à faire pâturer des animaux comme les moutons ou les chèvres, est une solution promue lors de la COP17 en 2026. Lorsque cette pratique est bien gérée, elle permet de maintenir une végétation diversifiée, limite les risques d’incendies, favorise le recyclage des nutriments et enrichit le sol avec des engrais naturels. Selon le Cirad, le pastoralisme contribue à entretenir les sols et à lutter contre la désertification. Cependant, cette solution nécessite une gestion adaptée pour éviter la surpâturation, qui pourrait elle-même dégrader les sols. Les discussions de la COP17 mettent en lumière son potentiel pour préserver les terres.

Préserver les terres agricoles

La loi zéro artificialisation nette (ZAN), qui limite la bétonisation des zones naturelles ou agricoles, est présentée comme un outil clé pour lutter contre la désertification. Jean-Daniel Cesaro souligne que la préservation des terres agricoles est essentielle pour s’adapter au changement climatique. En effet, plus les terres agricoles sont disponibles, plus la France sera en mesure de faire face aux défis climatiques. Cependant, cette loi a été attaquée à plusieurs reprises en 2026, ce qui pourrait affaiblir sa mise en œuvre. Les experts insistent sur la nécessité de protéger ces terres pour renforcer la résilience du territoire face aux sécheresses et aux canicules.

Ce que ça pourrait changer

Jean-Daniel Cesaro, chercheur au Cirad, souligne que la France pourrait s’inspirer des pratiques agricoles des pays du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne, où la lutte contre la désertification est une priorité depuis des décennies. Ces régions ont développé des techniques adaptées à des conditions climatiques difficiles, comme l’utilisation de cultures résistantes à la sécheresse ou des systèmes de rotation des pâturages. Cependant, Cesaro précise que ces solutions doivent être adaptées au contexte local français, en tenant compte des spécificités régionales et des pratiques existantes. La coopération internationale reste un levier important pour partager les connaissances et renforcer les actions contre la désertification.

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