Israël courtise l’extrême droite européenne, gagnant des soutiens, mais créant le malaise
Le ministre de la Lutte contre l’antisémitisme a par exemple volé au secours de Jordan Bardella, président du RN..
Le gouvernement israélien, dirigé par Benjamin Nétanyahou, fait face à un isolement croissant sur la scène internationale, notamment en raison de sa gestion de la guerre à Gaza. Pour contrer cette situation, Israël se tourne vers des alliés inattendus : l’extrême droite européenne. Cette stratégie vise à obtenir un soutien politique malgré l’héritage antisémite de certains partis. Par exemple, le Rassemblement national en France, représenté par Jordan Bardella, est courtisé par Israël. Bardella est présenté comme une figure opposée au Hamas, bien que des écrits antisémites lui soient attribués par le site Mediapart. Cette approche s’inscrit dans un contexte où Israël cherche à diversifier ses soutiens diplomatiques face aux critiques internationales.
Israël développe des relations avec plusieurs partis d’extrême droite en Europe, malgré leurs passés controversés. En Autriche, le parti de la Liberté (FPÖ), fondé par d’anciens nazis, est normalisé par Israël. D’autres pays comme la Suède, l’Espagne et le Royaume-Uni voient également leurs partis d’extrême droite se rapprocher d’Israël, en raison de leurs positions communes sur l’islam et l’immigration. En Amérique latine, Israël a modifié sa diplomatie après l’élection de dirigeants pro-israéliens en Argentine et en Colombie. Cependant, l’extrême droite allemande (AfD) reste exclue de cette stratégie. Ce rapprochement s’explique par la recherche d’alliés politiques, mais il suscite des interrogations sur la réputation d’Israël.
L’expression certificat casher désigne ici une forme de légitimation accordée par Israël à des partis d’extrême droite européens. Ces partis, souvent marqués par un passé antisémite, cherchent à se distancier de leur image négative en se rapprochant d’Israël. Jeremy Issacharoff, ancien ambassadeur d’Israël en Allemagne, souligne que cette stratégie pourrait nuire à la réputation internationale d’Israël et à ses valeurs. Il met en garde contre les conséquences pour les communautés juives en Europe, notamment en France et en Autriche, où des responsables juifs ont exprimé leur malaise face à ces alliances.
Le gouvernement israélien adopte un ton de plus en plus direct envers les dirigeants occidentaux qui critiquent sa politique. Par exemple, le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a interpellé le dirigeant du parti britannique Reform Party, une formation d’extrême droite, pour qu’il s’oppose aux sanctions imposées par le gouvernement britannique sur les produits des colonies israéliennes en Cisjordanie. Des ministres israéliens ont également critiqué le chef de la diplomatie britannique, Ed Miliband, fils de réfugiés juifs et défenseur de ces sanctions. Cette attitude reflète une stratégie de confrontation avec les partenaires traditionnels d’Israël.
Azriel Bermant, chercheur à l’Institut des relations internationales de Prague, explique que le rapprochement d’Israël avec l’extrême droite vise à empêcher un consensus européen contre le pays. Il cite l’exemple de Viktor Orbán, ancien premier ministre hongrois, qui a soutenu Israël tout en multipliant des clichés antisémites contre George Soros. Bermant anticipe un changement de position d’Israël si la coalition de Nétanyahou perd les législatives du 27 octobre 2026. Les rivaux politiques d’Israël pourraient alors éviter de s’associer à l’extrême droite, tout en maintenant des liens avec des figures comme Marine Le Pen.
Un ancien ambassadeur d’Israël en Europe, s’exprimant sous couvert d’anonymat, recommande à Israël de faire preuve de pragmatisme et de retenue dans ses alliances avec l’extrême droite. Il souligne que les gouvernements européens peuvent basculer de droite à gauche, et qu’un soutien à l’extrême droite pourrait étiqueter Israël de manière durable. Cette mise en garde reflète les risques à long terme de cette stratégie, notamment en termes d’image et de crédibilité sur la scène internationale.

