Plateformes numériques et ordre public
Colloque annuel 2026 de la chaire RPNS organisé par l'IRENEE, Université de Lorraine sous la direction scientifique de Maximilien Lanna, Titulaire de la Chaire RPNS - Régulation des plateformes numériques et souveraineté, Professeur junior de droit public, Université de Lorraine/IRENEELire la suite....
Les plateformes numériques comme Airbnb, Uber ou Deliveroo transforment profondément les villes en modifiant des aspects concrets de la vie urbaine. Elles agissent sur le logement avec les locations touristiques, les déplacements via les services de mobilité, le tourisme, la culture, les commerces et la restauration. Leur impact se mesure notamment dans le parc locatif, où la location de courte durée réduit l'offre de logements permanents, ou dans la circulation routière, avec l'augmentation des livreurs et coursiers. Ces changements posent des défis pour les collectivités locales, qui doivent adapter leur gestion de l'espace public et des services urbains. Par exemple, à Paris, des boîtes à clés pour les meublés touristiques ont été interdites pour limiter les nuisances. À Nancy, un arrêté de 2025 a restreint le stationnement des livreurs dans 10 rues du centre-ville pour préserver la tranquillité publique.
L'Union européenne a adopté des mesures pour encadrer l'activité des plateformes numériques, dans le cadre de sa stratégie européenne du numérique. Ces règles visent principalement à favoriser l'accès aux données collectées par les plateformes, comme les algorithmes qui organisent les services (ex. : recommandations de trajets pour Uber ou de restaurants pour TripAdvisor). Le législateur cherche à limiter les situations de monopole et à renforcer la transparence, car les plateformes ne possèdent pas les biens ou infrastructures qu'elles mettent en relation. Cependant, ces mesures ne suffisent pas à résoudre les problèmes concrets liés à l'ordre public, comme la saturation des espaces urbains ou les déséquilibres économiques locaux. Par exemple, la régulation des données ne permet pas de régler directement la pénurie de logements due aux locations touristiques.
Face aux perturbations causées par les plateformes, les autorités locales développent de nouvelles formes de police administrative, c'est-à-dire des mesures de régulation pour protéger l'ordre public. À Nancy, après avoir identifié des zones blanches (des secteurs où l'impact des plateformes était trop fort), la ville a interdit le stationnement des livreurs dans certaines rues en avril 2025. À Paris, des arrêtés ont visé les boîtes à clés pour les locations touristiques, afin de limiter les nuisances (bruit, occupation de l'espace public). Ces mesures illustrent la nécessité d'une approche globale, combinant droit, urbanisme et gestion des flux. Elles montrent aussi que les outils traditionnels de régulation sont parfois insuffisants face à l'innovation numérique.
Les plateformes numériques soulèvent des questions inédites pour l'ordre public, qui dépasse la simple sécurité pour inclure la tranquillité, la santé ou l'environnement. Par exemple, l'ordre public sanitaire (protection de la santé publique) peut être menacé par la concentration de touristes dans des quartiers densément peuplés, augmentant les risques de propagation de maladies. La liberté d'expression en ligne est aussi un enjeu, car les plateformes modèrent les contenus (suppression de commentaires haineux, par exemple), ce qui peut entrer en tension avec les droits fondamentaux. Un autre défi est l'ordre public environnemental, lié à l'augmentation des livraisons et des déplacements motorisés, qui aggravent la pollution et le bruit. Ces problèmes nécessitent des réponses adaptées, comme des restrictions horaires ou des zones à faibles émissions.
Les maires et les collectivités locales jouent un rôle clé dans la régulation des plateformes, via leurs pouvoirs de police administrative. À Nancy, le maire a utilisé ces pouvoirs pour interdire le stationnement des livreurs dans certaines rues, afin de préserver la tranquillité publique. Ces décisions s'appuient sur des textes comme le Code de la route ou le Code de l'urbanisme, mais aussi sur des arrêtés municipaux. Les intervenants du colloque analyseront comment ces pouvoirs évoluent pour s'adapter aux nouveaux défis posés par les plateformes. Par exemple, la gestion des mobilités (livraisons, VTC) ou la régulation des meublés touristiques (comme à Paris) montrent que les outils traditionnels doivent être repensés pour intégrer les spécificités du numérique.
Les plateformes numériques influencent aussi la façon dont l'espace public est perçu et utilisé. Par exemple, les applications de mobilité redéfinissent les trajets et les lieux de rencontre, tandis que les plateformes de location transforment les quartiers résidentiels en zones touristiques. À Nancy, une taxe trottoir (redevance pour l'occupation du domaine public par les commerces) pourrait être révisée pour mieux refléter ces nouveaux usages. Les débats porteront aussi sur la mise en récit de l'espace public, c'est-à-dire la manière dont les plateformes façonnent les représentations des villes (ex. : promotion de certains quartiers via les avis en ligne). Ces enjeux soulèvent des questions sur la gestion du domaine public (routes, trottoirs, places) et la nécessité de le rendre plus inclusif et durable.
Un colloque organisé par la *Chaire RPNS* (Régulation des Plateformes Numériques et Souveraineté) de l'Université de Lorraine se tiendra à Nancy en 2026 pour aborder ces questions. Dirigé par Maximilien Lanna, professeur junior de droit public, l'événement réunira des experts en droit, géographie et urbanisme. Le programme inclut trois tables rondes : la première sur l'ordre public face aux plateformes, la seconde sur la police administrative, et la troisième sur la tranquillité publique et l'espace public. Des intervenants comme Laurent Seurot (directeur de l'IRENEE) ou Fanny Grabias (maîtresse de conférences en droit public) y participeront. L'inscription est gratuite et obligatoire en présentiel, avec une diffusion en distanciel via ULTV. Le colloque vise à proposer des solutions concrètes pour concilier innovation numérique et préservation de l'ordre public.

