Du Sahel au Soudan, les raisons de la rupture entre Alger et Abou Dhabi
Après des années de tensions et les mises en garde répétées des autorités algériennes, ces dernières ont décidé de rompre leurs relations avec les Émirats arabes unis. L’Algérie a longtemps accusé l’État du Golfe d’ingérence dans ce qu’elle considère comme son pré carré, notamment dans la région du Sahel..
L’Algérie a annoncé le 10 septembre 2026 la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis (EAU), une décision qualifiée de ‘limites de l’acceptable’ par Alger. Cette rupture s’accompagne de mesures concrètes : la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions émiratis ainsi qu’à tout appareil en provenance ou à destination des EAU. Cette crise marque un tournant dans les relations entre les deux pays, après des années de tensions croissantes. Les autorités algériennes n’ont pas détaillé publiquement les raisons exactes de cette décision, mais des médias indépendants comme Twala suggèrent que des événements récents ont précipité cette rupture. Cette mesure s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe, où les rivalités entre puissances régionales jouent un rôle central.
L’Algérie accuse les Émirats arabes unis d’ingérence dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence, notamment au Sahel. Cette région d’Afrique subsaharienne, marquée par des instabilités politiques et des conflits armés, est un enjeu stratégique pour plusieurs pays. Les EAU sont perçus par Alger comme cherchant à étendre leur influence dans cette zone, notamment au Mali, au Soudan et au Niger. Le titre choisi par le média algérien Twala, ‘Du Darfour au Mali, les réseaux liés à Abou Dhabi aux portes de l’Algérie’, illustre cette perception d’une menace directe. Les EAU, de leur côté, n’ont pas réagi publiquement à cette accusation, mais cette rupture diplomatique révèle une divergence profonde sur la gestion des crises régionales.
Le Niger est cité comme un élément clé dans l’escalade des tensions entre Alger et Abou Dhabi. À la fin du mois d’août 2026, une tentative de coup d’État a été déjouée dans ce pays. Bien qu’aucun document officiel n’accuse directement les EAU dans cet événement, le média Twala suggère que leur implication est probable. Le Niger, sous la pression de plusieurs puissances régionales, a récemment renouvelé le permis de forage accordé à Sipex, une filiale internationale de Sonatrach, le géant algérien du gaz et du pétrole. Cette décision a été interprétée comme un rapprochement entre Alger et Niamey, déplaisant à certaines puissances, dont les EAU. Ce contexte a contribué à la décision algérienne de rompre les relations diplomatiques.
Sonatrach, l’entreprise publique algérienne spécialisée dans l’exploitation des hydrocarbures, joue un rôle central dans cette crise. Sonatrach est un acteur majeur de l’économie algérienne, avec des activités dans plusieurs pays africains, dont le Niger. Le renouvellement du permis de forage accordé à Sipex au Niger a été perçu comme une provocation par les EAU, qui voient d’un mauvais œil l’influence croissante de l’Algérie dans cette région. Les hydrocarbures, notamment le gaz et le pétrole, sont des ressources stratégiques en Afrique, et leur contrôle est un enjeu de pouvoir entre les puissances régionales. Cette dimension économique ajoute une couche de complexité à la rupture diplomatique entre Alger et Abou Dhabi.
La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et les EAU a des conséquences immédiates, notamment sur le plan aérien. L’Algérie a fermé son espace aérien aux avions émiratis et à tout appareil en provenance ou à destination des EAU, ce qui perturbe les liaisons commerciales et touristiques entre les deux pays. Cette décision reflète une escalade des tensions, après des années de méfiance mutuelle. Les EAU n’ont pas encore réagi officiellement, mais cette crise pourrait avoir des répercussions sur les équilibres géopolitiques en Afrique du Nord et au Sahel. Elle illustre également la complexité des relations entre les puissances régionales, où les intérêts économiques et stratégiques s’entremêlent avec les rivalités politiques.

