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«Avant que j’oublie»: Réjean Tremblay et la dureté du fondamental

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

Le journaliste et scénariste hors pair nous raconte sa vie professionnelle..

Un livre autobiographique

Le livre Avant que j’oublie de Réjean Tremblay se présente comme une autobiographie, malgré son titre qui évoque modestie. Publié aux Éditions La Presse en 2026, ce livre de 400 pages révèle des aspects personnels et professionnels de l’auteur. Il y partage des moments intimes de sa vie, comme sa rencontre avec sa femme Julie, ainsi que des souvenirs de sa carrière. Tremblay, journaliste et scénariste renommé, y raconte plus de cinq décennies de couverture sportive et de transformation de la télévision québécoise, notamment avec la série Lance et compte, diffusée sur une centaine d’épisodes entre 1986 et ses neuf saisons. Pour illustrer son influence, l’article compare son impact à celui d’un croisement entre deux figures médiatiques québécoises, sans les nommer explicitement.

Enfance dans le Saguenay

Réjean Tremblay est né le 24 août 1944 à Falardeau, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans un milieu rural et modeste. Sa famille vivait sans eau courante ni électricité, avec des toilettes extérieures appelées « bécosses » et du papier hygiénique improvisé à partir d’un catalogue Eaton. Le seul luxe de la maison était un gramophone à ressort, qui ne jouait que deux disques 78 tours en boucle : Marinella de Tino Rossi et Rossignol de Luis Mariano. Malgré cette pauvreté relative, sa famille n’était pas la plus démunie du village. Son père, ayant fui la conscription à 19 ans en parcourant 12 kilomètres à pied, s’était installé sur un rang surnommé « casse-pattes » en raison de sa dangerosité pour les chevaux. C’est là qu’il rencontra la mère de Réjean.

Parcours scolaire atypique

Réjean Tremblay, très doué à l’école, fut repéré par le curé de sa paroisse et envoyé au Petit Séminaire de Chicoutimi dans l’espoir qu’il devienne prêtre. Pendant les offices religieux, il lisait en secret des auteurs comme Dostoïevski, Tolstoï et surtout Alexandre Dumas, qui devint son auteur préféré. À 14 ans, une séance au cinéma Capitol de Chicoutimi, où il vit Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme, le marqua profondément et le fit renoncer à la prêtrise, malgré une promesse faite à sa grand-mère. Il poursuivit ensuite des études classiques et obtint un diplôme en pédagogie, devenant professeur de grec et de latin. Son amour pour l’enseignement coexistait avec sa passion pour l’écriture, deux passions qui guideront sa carrière future.

Débuts en journalisme

La carrière de Réjean Tremblay en journalisme débuta au Quotidien en octobre 1973. Ses talents furent rapidement remarqués après qu’il eut obtenu des confidences exclusives de Pierre Elliott Trudeau, alors en campagne électorale, lors d’un vol en avion. Cette rencontre lui ouvrit les portes de La Presse, où il couvrit d’abord les faits divers. Il y fut formé par le journaliste légendaire Claude Poirier, qui lui enseigna l’importance des liens humains dans le métier. Parmi ses missions marquantes, il couvrit l’enquête du coroner sur la mort du criminel Richard Blass, abattu par la police. Tremblay souligne que cette expérience lui permit de découvrir Montréal et de développer une capacité à créer des relations, essentielle pour la suite de sa carrière.

Lance et compte révolution

Réjean Tremblay a profondément marqué la télévision québécoise avec la série Lance et compte, diffusée à partir de 1986 sur une centaine d’épisodes répartis en neuf saisons. Cette série, qui mêle sport et drame, a attiré jusqu’à 3 millions de téléspectateurs par épisode, un record pour l’époque. Tremblay y a intégré des éléments de sa propre expérience, comme des anecdotes réelles qu’il a adaptées pour le scénario. Par exemple, il a écrit un épisode où un personnage est envoyé en ligue junior, inspiré d’un incident réel impliquant le joueur Claude Lemieux, renvoyé chez les Nordiques de Québec après un incident. La série a ainsi contribué à populariser le hockey et à transformer les codes du divertissement télévisuel au Québec.

Journalisme et code d’honneur

Réjean Tremblay insiste sur l’importance d’un « code d’honneur » dans le journalisme sportif, où l’intimité et la confiance entre journalistes et personnalités étaient essentielles pour obtenir des confidences exclusives. Il explique que cette époque révolue permettait des échanges approfondis, comme des conversations en avion ou des entretiens privés avec des joueurs ou des entraîneurs. Aujourd’hui, les organisations sportives, comme le Canadien de Montréal, contrôlent davantage le message, limitant l’accès à ces échanges spontanés. Tremblay cite l’exemple de Guy Lafleur, surnommé « Flower », avec qui il entretenait une relation de confiance, illustrant cette dynamique. Ce code d’honneur, selon lui, était la clé pour raconter des histoires authentiques et captivantes.

Scoops historiques et missions

Au-delà du sport, Réjean Tremblay a marqué l’histoire du journalisme québécois par des scoops majeurs. En 1978, il a retrouvé et interviewé des felquistes exilés à Paris après la crise d’Octobre 1970. Ces entretiens ont joué un rôle clé dans leur rapatriement au Québec, après l’élection du Parti québécois. Tremblay a également mené une mission secrète à Moscou en 2015 pour le compte de Pierre Karl Péladeau, alors patron de Québecor. L’objectif était d’évaluer la faisabilité d’une expansion de la KHL, une ligue de hockey russe, en Amérique du Nord. Cette mission s’est déroulée en parallèle du voyage de noces de Tremblay, qui venait d’épouser Julie Bertrand. Ces expériences illustrent sa capacité à s’immerger dans des contextes variés et à obtenir des informations exclusives.

Ce que ça pourrait changer

Réjean Tremblay considère que son rôle de journaliste et de scénariste s’inscrit dans une mission de transmission des histoires et des témoignages. Il compare son parcours à celui d’un professeur, évoquant les quelque 120 élèves par classe qu’il a eus en tant qu’enseignant, les 80 000 lecteurs quotidiens du *Progrès dimanche* où il a travaillé, les 300 000 lecteurs de *La Presse*, et les 3 millions de téléspectateurs de *Lance et compte*. Pour lui, si ces histoires ne sont pas racontées, elles se perdent. Son livre *Avant que j’oublie* s’inscrit dans cette logique : il y partage des *« histoires dans les histoires »*, c’est-à-dire des anecdotes et des détails qui révèlent l’envers du décor de sa carrière et de sa vie personnelle, afin de préserver la mémoire collective.

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