Merz évoque un complot contre son parti, «horrifié» par le succès de l’AfD dans une région allemande
En Saxe-Anhalt, l’AfD a fait élire mardi son candidat à la présidence de l’assemblée..
Lors des élections régionales en Saxe-Anhalt, un État de l’ex-Allemagne de l’Est, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) a remporté une victoire écrasante il y a un mois. Ce parti, connu pour ses positions antimigrants et prorusse, a obtenu suffisamment de sièges pour faire élire mardi son candidat, Tobias Rausch, à la présidence de l’assemblée régionale. Cette élection marque une première en Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale, où un membre de l’extrême droite préside un parlement régional. L’AfD a bénéficié du soutien d’une petite formation prorusse de gauche, le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW), ainsi que de quatre voix supplémentaires dont l’origine reste inconnue, suscitant des spéculations sur d’éventuels soutiens inattendus.
Le chancelier allemand Friedrich Merz, chef du parti conservateur Christlich Demokratische Union (CDU), s’est déclaré « horrifié » par ce résultat. Interrogé sur les quatre voix inconnues qui ont permis l’élection de Rausch, il a évoqué la possibilité d’une manipulation politique, qualifiant ces actions de « sous fausse bannière ». Ce terme désigne une stratégie où un acteur se fait passer pour un autre pour discréditer un adversaire. Merz a également pointé du doigt trois groupes au parlement régional de Saxe-Anhalt – l’AfD, le BSW et le parti de gauche radicale Die Linke – les accusant de vouloir saper la démocratie. Il a insisté sur le fait que la CDU n’était pas la seule cible possible de ces soupçons.
Jusqu’à présent, les grands partis allemands appliquent un principe appelé « pare-feu » (équivalent allemand du cordon sanitaire), refusant toute coopération avec l’AfD. Ce parti, qui monte dans les sondages, a remporté plusieurs succès électoraux en 2026, principalement au détriment de la CDU. Cependant, l’élection de Rausch à la présidence de l’assemblée régionale pourrait fragiliser cette stratégie. En effet, l’AfD cherche désormais à obtenir trois voix supplémentaires pour élire son chef, Ulrich Siegmund, à la tête de l’exécutif régional en décembre. Jusqu’ici, aucun parti n’a accepté de voter pour lui, mais des contacts ont été établis avec des élus de la CDU, ce qui pourrait affaiblir le pare-feu et normaliser la collaboration avec l’extrême droite.
Friedrich Merz, en poste depuis moins d’un an et demi, est actuellement le chancelier le plus impopulaire de l’après-guerre en Allemagne. Son gouvernement fait face à des difficultés économiques et politiques, ce qui affaiblit sa position face à la montée de l’AfD. Cette situation rappelle celle observée dans d’autres pays européens, où l’extrême droite progresse face à des partis traditionnels en crise. En Saxe-Anhalt, l’AfD a profité d’un mécontentement croissant, notamment dans une région marquée par des défis économiques et une nostalgie de l’ancienne Allemagne de l’Est. L’élection de Rausch pourrait donc être un tournant, ouvrant la voie à une normalisation de l’AfD dans le paysage politique allemand.

