Habiter l’espace intérieur
Au Musée de Rimouski, Massimo Guerrera présente une installation performative qui se penche sur notre rapport au quotidien..
Massimo Guerrera est un artiste québécois connu depuis les années 1990 pour ses interventions artistiques dans l'espace public, comme Polyco inc. ou La cantine, une performance où il offrait des dessins, des sculptures et de la nourriture à partir d'un meuble roulant. En 2001, il participe à Gestes d’artistes, une série d'actions de rue. Depuis quelques années, il se concentre davantage sur son atelier, tout en restant ouvert à son quartier, comme en témoignent les grandes baies vitrées de son espace de travail où des voisins l'interpellent. Son approche artistique se distingue par son caractère intimiste, en opposition à l'art souvent clinquant et bruyant de notre époque. Guerrera a toujours cherché à développer des pratiques artistiques favorisant l'être ensemble, plutôt que de travailler isolé dans son atelier avant de participer à des vernissages.
L'exposition Domus. Vues d’intérieurs, présentée au Musée de Rimouski jusqu'au 22 novembre, est un projet de recherche-création lancé en 2017 par Guerrera. Ce projet explore les liens entre l'espace privé (l'atelier), l'espace public (le musée) et la vie intérieure de l'artiste. L'objectif est d'examiner comment le travail en atelier influence notre rapport à soi et au quotidien, en étudiant notamment les relations entre le corps, l'esprit et l'œuvre d'art. L'artiste s'intéresse particulièrement à la manière dont les individus se rencontrent avec eux-mêmes dans cet espace de création, ainsi qu'à la temporalité différente qu'il cherche à instaurer, loin de l'agitation habituelle. L'exposition est accompagnée par France Leclerc, qui en assure le commissariat.
Guerrera propose une approche artistique basée sur l'intimité et un rythme différent de celui imposé par la société moderne, souvent dominé par l'économie et l'agitation. Il observe que le télétravail, popularisé par la pandémie, a brouillé les frontières entre vie privée, travail et espace personnel, un phénomène que les artistes comme lui explorent depuis longtemps. Pour lui, l'art ne doit pas reproduire l'effervescence des vernissages ou des foires, mais créer des conditions propices à une attention plus profonde. Les visiteurs de son installation sont invités à retirer leurs chaussures, s'asseoir et échanger pendant une à une heure et demie, dans un cadre qui rappelle un rituel sans pour autant sacraliser l'espace de création. Guerrera résume cette démarche par la formule : « Réaménagement de l’habitat de nos habitudes. »
L'artiste considère que les échanges avec le public ne visent pas à modifier autrui, mais à se laisser transformer par sa présence. Dès ses premières performances, il a remarqué à quel point ces rencontres le traversaient et le modifiaient profondément. Son travail s'articule autour d'une tension constante entre solitude et relation, entre retrait et ouverture. Guerrera insiste sur l'importance de cette promenade entre altérité et être ensemble, affirmant que « la vraie souveraineté, c’est ce que je fais dans cet espace-temps-là avec moi-même, puis avec les autres. » Son œuvre intègre aussi des thèmes comme l'étrangeté, l'angoisse ou la mort, sans pour autant les interpréter comme des traumatismes personnels. Il utilise des formes organiques, des objets transformés évoquant des prothèses ou des fragments de corps, jouant sur une « anatomie un peu imaginaire » pour explorer ce qui se cache sous la surface.
Les réflexions de Guerrera sur l'intériorité dialoguent avec l'histoire de l'art, notamment à travers des œuvres de Giotto, Goya, Vermeer, Louise Bourgeois ou encore des courants comme le romantisme et le fantastique. Ces influences sont indirectes, mais nourrissent son imaginaire. L'artiste sera présent au Musée de Rimouski le 22 octobre pour une rencontre performative, offrant ainsi une occasion supplémentaire d'échanger avec le public. Son travail s'inscrit dans une réflexion plus large sur la porosité entre les espaces et les temporalités, tout en interrogeant les mutations du travail et de la vie quotidienne dans un monde en constante évolution.

