Le stress modifierait la structure du coeur, selon une nouvelle étude
Ce stress serait à l’origine d’une inflammation qui, au fil du temps, augmente le risque de problèmes de santé graves..
Une étude britannique récente suggère que le stress quotidien pourrait modifier la structure du cœur en provoquant une inflammation de faible intensité. Cette inflammation, appelée inflammation systémique chronique, agirait comme un signal d’alarme dans l’organisme. Au fil du temps, elle altérerait la forme et la fonction des chambres cardiaques, rendant le cœur moins efficace. Les chercheurs ont analysé des données issues de 500 000 participants à une vaste étude britannique, en croisant des examens cardiaques, des marqueurs sanguins d’inflammation et des informations génétiques. Le cardiologue Josep Iglesies-Grau, de l’Institut de cardiologie de Montréal, souligne que cette inflammation est un facteur clé dans le développement de maladies cardiovasculaires. Aucun lien de causalité direct n’a été établi, mais les observations suggèrent une relation plausible entre le stress, l’inflammation et les modifications cardiaques.
Les chercheurs ont observé que l’inflammation chronique était associée à des changements concrets dans la structure du cœur. Ces modifications incluent des chambres ventriculaires (parties inférieures du cœur qui pompent le sang) plus petites, des parois cardiaques plus épaisses et une réduction du volume de sang éjecté à chaque battement. Ces altérations sont décrites comme un remodelage cardiaque, une étape subclinique (c’est-à-dire invisible sans examen médical) qui précède le développement de maladies cardiovasculaires graves. Par exemple, le volume d’éjection, qui mesure la quantité de sang pompée par le ventricule gauche à chaque contraction, diminue. De plus, la fonction diastolique (capacité du cœur à se remplir de sang entre deux battements) est altérée. Le docteur Iglesies-Grau précise que ces changements sont discrets mais significatifs, car ils augmentent le risque de complications futures.
L’étude établit un lien entre un niveau élevé d’inflammation et une augmentation des risques de crise cardiaque (infarctus du myocarde) et d’accident vasculaire cérébral (AVC). Les auteurs soulignent que l’inflammation systémique chronique est un facteur pathobiologique reconnu dans le développement de maladies cardiovasculaires, notamment l’athérosclérose (durcissement et rétrécissement des artères), la myocardite (inflammation du muscle cardiaque) et l’insuffisance cardiaque (incapacité du cœur à pomper suffisamment de sang). Les participants présentant une inflammation plus marquée avaient un risque accru d’événements cardiovasculaires. Les chercheurs n’ont pas prouvé de lien de causalité direct, mais leurs observations renforcent l’hypothèse d’un impact du stress sur la santé cardiaque à long terme.
L’étude a examiné près de 200 expositions environnementales pour comprendre leur lien avec l’inflammation cardiaque. Parmi les facteurs les plus fortement associés à une inflammation accrue, on retrouve le tabagisme, l’adiposité centrale (accumulation de graisse autour de l’abdomen), la précarité socio-économique et la détresse psychologique. Le tabagisme et l’excès de graisse abdominale sont des facteurs de risque cardiovasculaire bien connus, mais l’association avec la détresse psychologique est un résultat marquant. Le docteur Iglesies-Grau souligne que ces résultats élargissent la notion de prévention cardiovasculaire, en intégrant des dimensions psychologiques et socio-économiques. Par exemple, le niveau de solitude, les difficultés financières ou le divorce ont été identifiés comme des contributeurs significatifs à l’inflammation.
Bien que l’étude ne démontre pas de lien de causalité direct, elle ouvre des perspectives pour la prévention des maladies cardiovasculaires. Les chercheurs ont identifié des protéines inflammatoires spécifiques qui pourraient, à terme, servir de cibles pour de nouveaux médicaments. Ces protéines, comme les *cytokines pro-inflammatoires*, jouent un rôle dans la réponse immunitaire et pourraient être modulées pour réduire l’inflammation chronique. Les conclusions de l’étude ont été publiées dans le *European Journal of Preventive Cardiology*, une revue spécialisée dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Cette recherche met en lumière l’importance d’une approche globale de la santé, combinant gestion du stress, équilibre psychologique et facteurs socio-économiques pour protéger le cœur.

