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Géopolitique

En Colombie, Esprellia lance sa “contre-révolution culturelle” au Musée national

Courrier International · mis à jour il y a 16 j

Accord de paix, luttes féministes et LGBTQI, candidats assassinés en 1990 : une trentaine d’œuvres évoquant l’histoire récente du pays ont été retirées du musée. Le gouvernement du nouveau président Abelardo de la Espriella défend sa décision face à la contestation..

Nouveau président colombien

Abelardo de la Espriella est le président de la Colombie depuis octobre 2026. Ancien avocat d'extrême droite, il a lancé une politique appelée contre-révolution culturelle, visant selon lui à lutter contre le wokisme. Ce terme désigne un mouvement qui cherche à promouvoir l'égalité sociale et la justice pour les minorités, comme les femmes, les personnes LGBTQI+ ou les groupes historiquement marginalisés. Le président accuse ce mouvement de menacer les valeurs traditionnelles de la société colombienne et de l'Occident. Son gouvernement a déjà été marqué par des actions controversées, comme la gestion d'un séisme dévastateur et une offensive militaire contre des groupes armés dans le pays.

Retrait d'œuvres au musée

Le 15 octobre 2026, le gouvernement colombien a ordonné le retrait d'une trentaine d'œuvres du Musée national de Bogota. Ces pièces faisaient partie de l'exposition Faire société et abordaient des thèmes sensibles comme l'accord de paix de 2016 avec la guérilla des FARC, les luttes féministes et LGBTQI+, ainsi que l'assassinat de deux candidats à la présidentielle en 1990 : Carlos Pizarro (ex-chef du M-19) et Bernardo Jaramillo (Union patriotique). Le gouvernement justifie ce retrait en accusant ces œuvres d'apologie du terrorisme ou de relativisme moral, des termes qui désignent ici une remise en question des récits historiques dominants au profit de perspectives minoritaires ou contestataires.

Réactions et manifestations

La décision de retirer les œuvres a provoqué une vive polémique en Colombie. Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le musée pour protester, mais ces manifestations ont été durement réprimées par la police ce week-end. La ministre de la Culture, Paola Holguín, a critiqué ces protestations, les qualifiant de menées par ceux qui ont fait de la culture un outil de déconstruction historique et d'apologie du crime. À l'inverse, la députée Jennifer Pedraza a dénoncé une tentative de censure visant à empêcher la diffusion de différentes versions de l'histoire. Ces tensions illustrent un clivage profond dans la société colombienne sur la manière de raconter son passé récent.

Contexte politique et social

La Colombie traverse une période de fortes tensions politiques et sociales. Le pays sort d'un conflit armé de plus de 50 ans avec les FARC, qui s'est officiellement terminé en 2016 avec un accord de paix. Cependant, des groupes armés persistent et la violence reste un enjeu majeur. Parallèlement, les mouvements féministes et LGBTQI+ gagnent en visibilité, tandis que des partis de gauche, comme l'Union patriotique, continuent de revendiquer une place dans le débat public. Le gouvernement de de la Espriella, en s'attaquant à ces symboles culturels, cherche à redéfinir la mémoire collective du pays selon une vision plus conservatrice et nationaliste.

Ce que ça pourrait changer

Le retrait des œuvres du Musée national soulève une question centrale : qui a le droit de raconter l'histoire d'un pays ? Pour les partisans du gouvernement, il s'agit de protéger une version officielle des événements, notamment ceux liés au conflit armé, en évitant toute glorification de la violence. Pour les opposants, cette censure empêche une réflexion critique sur le passé, essentielle pour éviter que les erreurs ne se répètent. Ce débat dépasse la Colombie et s'inscrit dans une tendance mondiale où les gouvernements conservateurs remettent en cause les récits historiques alternatifs, notamment ceux qui mettent en avant les droits des minorités ou les violences d'État.

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