La CIA déclassifie des notes concernant Al-Qaïda 25 ans après le 11-Septembre
Ces documents couvrent une période allant de 1998 à 2001..
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, la CIA a rendu publics plusieurs dizaines de documents autrefois classifiés, destinés aux présidents américains et préparés entre 1998 et 2001. Ces notes, strictement confidentielles, étaient rédigées quotidiennement par les services de renseignement pour informer les plus hauts responsables, dont les présidents Bill Clinton et George W. Bush. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, qualifie cette publication d’« acte de transparence exceptionnel », soulignant qu’il s’agit de la plus grande déclassification jamais réalisée pour ce type de rapports présidentiels. Ces documents révèlent l’étendue des connaissances des autorités sur Oussama ben Laden et son réseau terroriste, Al-Qaïda, avant les attentats. Ils couvrent notamment le suivi des déplacements de Ben Laden, les menaces pesant sur des cibles américaines, le financement des opérations et les préparatifs d’attaques sur le sol des États-Unis.
En avril 1998, un document de la CIA décrivait la relation complexe entre Oussama ben Laden et les talibans en Afghanistan. À l’époque, Ben Laden était considéré comme un « hôte » des talibans, dont il avait soutenu l’action pendant l’occupation soviétique dans les années 1980. Cette alliance historique rendait les talibans réticents à le livrer aux autorités américaines, malgré les pressions internationales. Les analystes craignaient que Ben Laden ne cherche à utiliser des armes de destruction massive, comme des agents chimiques ou biologiques, pour frapper les États-Unis. Dès juillet 1998, les services de renseignement estimaient « plausible » qu’il accorde une priorité aux attentats sur le territoire américain. En août de la même année, un responsable évoquait même la possibilité qu’Al-Qaïda utilise un avion rempli d’explosifs contre une ville américaine, une hypothèse qui s’est concrétisée trois ans plus tard.
Dès décembre 1998, les documents de la CIA révélaient que des membres du réseau de Ben Laden avaient étudié la possibilité de détourner des avions. Un responsable décrivait comment des conspirateurs avaient « contourné les contrôles de sécurité lors d’un essai dans un aéroport non identifié de New York ». En août 2001, soit un mois avant les attentats, les services de renseignement rapportaient des « activités suspectes sur le territoire américain » pouvant correspondre à des préparatifs de détournements ou d’autres types d’attaques. Ils mentionnaient notamment une surveillance récente de bâtiments fédéraux à New York. À cette date, le FBI menait environ 70 enquêtes de terrain aux États-Unis, liées à Ben Laden, mais ces informations ne semblaient pas avoir été partagées efficacement avec la CIA.
Les documents déclassifiés montrent que Ben Laden cherchait activement à se procurer des matériaux pour fabriquer des « bombes sales », des armes conventionnelles combinées à des matières radioactives. En juin 1999, les services de renseignement rapportaient que ses agents avaient mené des expériences avec des explosifs pour « augmenter leur puissance ». En 2001, des notes préparées pour le président George W. Bush mettaient en garde contre les « expérimentations menées par Ben Laden à l’aide de moyens rudimentaires pour fabriquer et déployer des agents biologiques ». Ces craintes illustraient la volonté d’Al-Qaïda de frapper les États-Unis avec des méthodes innovantes, bien au-delà des attentats conventionnels.
Les documents révèlent que les services de renseignement savaient, dès 2001, que Ben Laden était déterminé à mener des attentats aux États-Unis. Un rapport d’août 2001 soulignait sa « détermination à mener des attentats terroristes aux États-Unis », notant que les attaques contre les ambassades américaines en 1998 avaient démontré sa capacité à préparer des opérations sur plusieurs années. Les responsables savaient également que Ben Laden induisait en erreur les talibans sur ses intentions réelles, évitant ainsi de les alerter prématurément. Malgré ces informations, les mécanismes de prévention et de coordination entre agences, comme la CIA et le FBI, se sont révélés insuffisants pour empêcher les attentats du 11 septembre.
Après les attentats du 11 septembre, une commission bipartisane a mis en lumière les lacunes dans le partage des informations entre les agences de renseignement, notamment la CIA et le FBI. Ces dysfonctionnements ont conduit à la création de nouvelles structures pour améliorer la coordination. Parmi elles, le poste de **directeur du renseignement national** et le **Centre national de lutte contre le terrorisme**, chargé d’analyser les informations sur le terrorisme international et national issues de toutes les branches du gouvernement. Ces réformes visaient à éviter que des signaux d’alerte ne soient ignorés ou mal interprétés à l’avenir. La Maison-Blanche a également annoncé la publication d’une autre série de documents, incluant des entretiens avec des responsables de la sécurité nationale des administrations Clinton et Bush, fruit des travaux de cette commission entre 2002 et 2004.

