“Je savais que ce serait douloureux” : elle a filmé le 11 Septembre et n’a pas voulu regarder pendant plus de vingt ans
En 2001, depuis son appartement de Manhattan, Thuc Nguyen-Brophy a spontanément filmé avec son petit caméscope la tour nord du World Trade Center en flammes, la tour sud percutée et les New-Yorkais incrédules. Peu après, raconte “The New York Times”, elle quittait la ville et enfouissait la cassette avec une partie de ses souvenirs.
Le matin du 11 septembre 2001, Thuc Doan Nguyen-Brophy, une jeune femme de 25 ans vivant dans le sud de Manhattan à New York, a filmé sans réfléchir les attentats du World Trade Center depuis son appartement situé au deuxième étage, à l'angle de Canal Street et d'Essex Street. Ce jour-là, elle a été réveillée par un bruit violent qu'elle a d'abord attribué à un camion percutant son immeuble. En regardant par la fenêtre, elle a vu la tour nord du World Trade Center en flammes, puis la tour sud percutée par un avion. Elle a alors saisi son caméscope numérique, un petit appareil utilisé pour enregistrer des vidéos personnelles, et a filmé instinctivement la scène. Nguyen-Brophy était une immigrante vietnamienne arrivée aux États-Unis en 1980 avec sa famille, et elle avait trouvé dans la vie nocturne de New York, notamment dans les bars gays, un sentiment d'appartenance après avoir subi des discriminations dans son enfance.
Après avoir filmé les attentats, Nguyen-Brophy a quitté New York et a rangé la cassette vidéo avec d'autres souvenirs. Elle n'a jamais regardé les images pendant plus de vingt ans, expliquant qu'elle savait que ce serait trop douloureux. Ce n'est que récemment que le mémorial du 11 Septembre a récupéré la cassette, dans le cadre d'une collecte de témoignages et de documents historiques. Nguyen-Brophy, aujourd'hui âgée de 49 ans, a finalement visionné la séquence en 2026, soit 25 ans après les faits. Elle a partagé son expérience dans un article du New York Times, révélant les émotions complexes liées à ce souvenir longtemps évité.
Nguyen-Brophy avait emménagé à New York trois ans avant les attentats, après ses études universitaires. Elle travaillait comme intérimaire dans des bureaux le jour et comme danseuse dans des bars gays le soir. Ces lieux lui offraient un refuge après une enfance marquée par la discrimination, notamment en raison de ses origines vietnamiennes. Son appartement, situé dans le Lower Manhattan, était proche de la frontière symbolique de la 14e Rue, une zone qu'elle considérait comme son territoire. Le 11 septembre 2001, elle vivait une période de stabilité relative, ayant trouvé une communauté où elle se sentait acceptée.
Le New York Times a publié un article sur le témoignage de Nguyen-Brophy en août 2026, soulignant l'aspect humain et intime de ce document historique. La cassette, bien que courte, représente un témoignage direct et brut de l'événement, capturé par une personne ordinaire plutôt que par un professionnel. Nguyen-Brophy a expliqué que regarder ces images après tant d'années a été une expérience chargée d'émotions, mais aussi une manière de confronter un passé qu'elle avait choisi d'oublier. Ce récit illustre comment des événements traumatisants peuvent marquer profondément des individus, même indirectement, et influencer leurs choix de vie pendant des décennies.
Le *mémorial du 11 Septembre*, une institution dédiée à la préservation de la mémoire des attentats de 2001, a joué un rôle clé dans la redécouverte de ce témoignage. Le mémorial collecte des objets, des enregistrements et des récits personnels pour documenter cet événement historique. La cassette de Nguyen-Brophy fait partie de ces archives, qui permettent de comprendre l'impact humain des attentats au-delà des faits politiques ou médiatiques. Ce type de collecte vise à préserver la diversité des expériences liées au 11 septembre, y compris celles de personnes qui n'étaient pas directement sur les lieux mais qui ont été touchées par les événements.

