Héritage: les enfants des baby-boomers risquent de recevoir beaucoup moins d'argent qu'ils ne l'imaginent
Une analyse montre que les dépenses liées au grand âge grignotent de plus en plus les patrimoines destinés à être transmis..
Les économistes parlent du transfert de richesse le plus important de l’histoire pour décrire la transmission du patrimoine des baby-boomers (génération née entre 1946 et 1964) à leurs enfants. Grâce à la hausse des prix de l’immobilier, des marchés financiers et à la croissance économique, cette génération détient plus de la moitié du patrimoine total des ménages aux États-Unis. Selon les estimations, cette transmission représenterait entre 68 000 et 84 000 milliards de dollars (soit 60 000 à 74 000 milliards d’euros) sur les deux prochaines décennies. Ce montant colossal laisse penser que les héritages futurs seront très importants pour les générations suivantes. Cependant, ces chiffres ne tiennent pas compte d’un facteur clé : le coût croissant du vieillissement.
Une analyse du Washington Post révèle que les frais liés au vieillissement absorbent une part majeure du patrimoine que les familles espéraient transmettre. En étudiant les données de la Health and Retirement Study (une enquête du gouvernement fédéral américain suivant des milliers de personnes de 50 ans jusqu’à leur décès), les journalistes ont calculé que la dépense médiane pour un individu durant sa dernière décennie de vie s’élevait à 19 179 dollars (environ 17 000 euros). Une personne sur six a dépensé plus de 50 000 dollars (44 000 euros), et une sur vingt a dépensé plus du double. Ces coûts ont augmenté au fil du temps : la proportion de personnes se retrouvant sans ressources après avoir payé ces frais est passée de 6 % (pour les décès entre 2006 et 2010) à près de 11 % (pour ceux entre 2017 et 2022).
Les inégalités face aux frais de soins sont marquées. Les 20 % de personnes les plus pauvres ont consacré près d’un tiers de leur patrimoine à ces dépenses, soit une proportion plus de vingt fois supérieure à celle des 20 % les plus riches. Parmi ce groupe, 41 % se sont retrouvés sans ressources après déduction des frais de soins. Ces chiffres sont probablement sous-estimés, car ils ne prennent pas en compte des coûts supplémentaires comme l’hébergement en résidence spécialisée ou les repas, qui représentent souvent la majeure partie des dépenses. Jessica Forden, chercheuse en politique économique, souligne que la plupart des Américains n’auront plus grand-chose à transmettre après avoir épuisé leur patrimoine pour financer les soins de longue durée.
L’idée d’un transfert de richesse massif aux enfants des baby-boomers est donc trompeuse. Les frais de soins liés au vieillissement réduisent considérablement les montants transmis. Les familles doivent souvent utiliser la totalité de leur épargne pour couvrir ces coûts, laissant peu ou rien à leurs descendants. Cette situation pousse les enfants des baby-boomers à revoir leurs projets à la baisse, notamment en matière de logement, d’éducation ou de retraite. Le phénomène s’aggrave avec le temps, car les dépenses de soins continuent d’augmenter, tandis que les revenus et l’épargne des aînés s’épuisent progressivement.

