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Séparatisme : peu de preuves d’ingérence russe en Alberta

ICI Radio-Canada · mis à jour 1 sept.

Des experts estiment d’ailleurs que le risque d’influence américaine est plus important que celui du Kremlin..

Rapport sur l'ingérence russe

Un rapport publié par Cipher AI, une entreprise spécialisée dans la détection de désinformation, a analysé des activités en ligne attribuables à des acteurs russes entre le 30 juillet et le 12 août 2026. L'étude a identifié 44 articles publiés par des sources liées à la Russie, dont certains ne mentionnaient ni l'Alberta ni le Canada. L'objectif de ces contenus serait d'amplifier les tensions sociales ou de fragiliser la cohésion nationale, sans pour autant cibler directement le débat sur le séparatisme albertain. Cipher AI, dont le PDG est Brian McQuinn, utilise une intelligence artificielle pour repérer des campagnes coordonnées de désinformation. Le réseau de propagande Pravda, souvent associé à des intérêts russes, a publié 3,6 millions d'articles en 2024 selon NewsGuard. Cependant, le volet canadien de Pravda Canada n'a enregistré que 213 visites en juillet 2026, selon SimilarWeb, suggérant une audience très limitée.

Objectif des rapports

Les auteurs du rapport précisent que leur travail ne vise pas à mesurer l'impact réel des campagnes d'ingérence russe sur le débat albertain, mais plutôt à identifier les récits produits par la Russie et les enjeux qu'elle cherche à exploiter. Marcus Kolga, fondateur de l'organisme DisinfoWatch, explique que ces rapports sont destinés à informer les journalistes et les décideurs sur les thèmes privilégiés par le Kremlin. Il souligne que l'objectif n'est pas d'évaluer l'influence directe de ces contenus, mais de comprendre les stratégies russes. Un rapport ultérieur de Cipher AI a révélé une augmentation des contenus visant à diviser l'opinion canadienne, passant de 44 à 258 articles entre le 13 et le 26 août 2026, bien que les références explicites à l'Alberta restent limitées. Depuis le début de l'année 2026, Pravda aurait publié 1 200 articles susceptibles d'affaiblir la cohésion sociale ou l'unité nationale.

Preuves d'ingérence minces

Plusieurs experts consultés par l'article estiment que les preuves d'une véritable ingérence russe dans le débat sur le séparatisme albertain sont minces. Aengus Bridgman, directeur de l'Observatoire de l'écosystème médiatique à l'Université McGill, affirme que les discours en ligne sur l'Alberta proviennent principalement de Canadiens, et non de sources étrangères. Il ajoute que le volume de contenus fiables sur le sujet rend peu probable une manipulation par des acteurs russes. Jean-Christophe Boucher, professeur à l'Université de Calgary et ancien membre du Mécanisme de réponse rapide d'Affaires mondiales Canada, partage cette analyse. Il précise que si une opération d'influence russe devait avoir lieu, elle se manifesterait par un pic d'activité deux à trois semaines avant le référendum prévu le 19 octobre 2026. Selon lui, aucune preuve tangible ne soutient l'idée d'une ingérence russe à ce stade.

Cible des robots conversationnels

Les experts soulignent que les contenus produits par des acteurs russes ne visent pas nécessairement à être lus par des humains, mais plutôt à influencer des robots conversationnels comme ChatGPT. Ces intelligences artificielles s'alimentent de données en ligne et peuvent, dans certains cas, reproduire des récits alignés avec les intérêts russes, un phénomène appelé empoisonnement des données d'un modèle de langage. Cependant, dans le cas de l'Alberta, le volume de contenus fiables est tel que l'impact de ces articles serait négligeable. Aengus Bridgman explique que les modèles d'IA sont déjà saturés d'informations de qualité sur le sujet, rendant toute tentative d'influence par des sources comme Pravda inefficace. L'objectif des rapports de Cipher AI est donc de cartographier les récits russes, sans prétendre mesurer leur impact réel.

Menace américaine plus forte

Les experts s'accordent à dire que l'influence américaine représente une menace plus importante que l'ingérence russe pour le débat albertain. Marcus Kolga et Brian McQuinn citent des figures de la droite radicale américaine, comme Benny Johnson et Alex Jones, qui ont récemment multiplié les prises de position sur l'indépendance de l'Alberta. Ces influenceurs, bien que majoritairement suivis aux États-Unis, ont une audience significative au Canada. En 2024, des documents du département américain de la Justice ont révélé que Benny Johnson avait été financé à son insu par le Kremlin, illustrant une possible porosité entre les stratégies russes et américaines. Aengus Bridgman et Jean-Christophe Boucher estiment que les discours provenant des États-Unis, qu'ils émanent d'influenceurs ou de membres de l'administration, pourraient avoir un impact bien plus marqué sur le référendum albertain que les contenus russes.

Amplification de contenus existants

Les experts soulignent que les opérations de désinformation russes ne reposent plus uniquement sur la création de fausses nouvelles, mais plutôt sur l'amplification de contenus existants. Jean-Christophe Boucher explique que les acteurs russes n'ont pas besoin de produire de la désinformation, car des mouvements d'extrême droite pro-séparatistes génèrent déjà suffisamment de contenus controversés. La Russie pourrait simplement amplifier ces récits, par exemple en propageant massivement des allégations sur l'intégrité des élections via des fermes de clics ou des comptes automatisés. Ce type d'ingérence est plus difficile à détecter, car il passe par des tiers ou des réseaux de partage automatisés, comme des mentions J'aime ou des partages massifs. Contrairement aux campagnes de désinformation classiques, cette stratégie vise à renforcer des idées déjà présentes dans le débat public plutôt qu'à en créer de nouvelles.

Ce que ça pourrait changer

Aengus Bridgman met en garde contre une tendance à attribuer systématiquement le séparatisme albertain à des influences étrangères, alors que les recherches montrent que le débat est principalement porté par des Albertains et des Canadiens. Il estime que cette perception peut saper la confiance dans le système démocratique. Bridgman précise que lorsque l'ingérence étrangère est réelle, il est essentiel de l'identifier et de la surveiller. Cependant, dans le cas de l'Alberta, il juge que les discours publics tendent à exagérer l'influence russe, alors que les Albertains sont les principaux acteurs de la conversation. Il rappelle que le rôle des rapports comme celui de Cipher AI est de fournir des données objectives, sans nourrir des craintes infondées qui pourraient polariser davantage le débat.

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