«L’heure est grave» : Ademe, Santé publique France
Ce jeudi, les employé·es des établissements publics de la transition écologique et sanitaire manifestent sur la place des Invalides, à Paris. Si le gouvernement a renoncé au projet contesté de réforme de l’Agence de la transition écologique (Ademe), elles et ils protestent contre la baisse de moyens et d’autonomie scientifique qui les menace..
Ce jeudi 2 juillet 2026, les employé·es de plusieurs agences publiques françaises manifestent place des Invalides à Paris pour protester contre la baisse de leurs moyens et de leur autonomie scientifique. Parmi elles figurent l’Agence de la transition écologique (Ademe), Santé publique France (SPF), l’Office français de la biodiversité (OFB) et Météo-France. Leur mobilisation vise à alerter sur les pressions subies, comme la réduction des budgets ou l’augmentation de la tutelle politique. Didier Gabarda Oliva, délégué syndical CGT de l’Ademe, dénonce une tutelle accrue, une expertise affaiblie et des moyens réduits, soulignant que ces agences jouent un rôle clé dans la transition écologique et sanitaire. La manifestation, initialement prévue la veille, a été reportée en raison d’une canicule record en France, avec une température moyenne de 30°C, symbolisant l’urgence climatique à laquelle ces structures répondent.
Les syndicats dénoncent une diminution significative des budgets alloués à ces agences. Par exemple, entre 2013 et 2024, Météo-France a perdu 30 % de ses effectifs, tandis que l’Ademe voit son Fonds vert, destiné à financer des projets d’adaptation au réchauffement climatique (comme la rénovation des écoles ou hôpitaux), réduit de 20 % début juin 2026. Ces baisses de financement limitent leur capacité à agir, alors que leurs missions (prévention sanitaire, protection de la biodiversité, lutte contre le changement climatique) deviennent de plus en plus critiques. Les agent·es craignent également que ces restrictions ne s’aggravent avec le vote de la loi de programmation des finances publiques pour 2027, qui pourrait encore rogner leurs ressources.
Une autre préoccupation majeure des salarié·es est l’augmentation de la supervision politique sur leurs actions. Santé publique France (SPF) a notamment vu ses campagnes de prévention retardées en mai 2026, car l’État a exigé de valider chaque étape, alors que ces dispositifs étaient auparavant conçus de manière indépendante. Un guide pratique de l’Ademe, destiné aux élus locaux pour les aider à mettre en place des projets écologiques (végétalisation des écoles, gestion des déchets, etc.), a même été censuré par Matignon (le cabinet du Premier ministre) en juin 2026. Ces interventions politiques, jugées inédites, remettent en cause l’autonomie scientifique de ces agences, essentielle pour garantir des décisions basées sur des preuves et non sur des considérations politiques.
Santé publique France (SPF), créée après des scandales sanitaires majeurs comme celui du sang contaminé ou du chlordécone (un pesticide toxique utilisé aux Antilles), est particulièrement touchée. En avril 2026, plus de 43 % de ses employé·es ont fait grève, un taux historique, pour défendre son indépendance face à un projet de réorganisation qui visait à transférer certaines de ses missions au ministère de la Santé ou à l’Assurance maladie. Olivier Delmer, syndicaliste CGT à SPF, explique que ces campagnes de prévention, autrefois validées rapidement, doivent désormais obtenir plusieurs niveaux d’approbation, retardant leur déploiement. Les agent·es insistent sur le fait qu’ils ne font pas de la publicité pour le gouvernement, mais des campagnes fondées sur la science pour protéger la santé des citoyen·nes, notamment lors des vagues de chaleur précoces comme celle de mai 2026.
Au cœur des revendications des manifestant·es se trouve la nécessité de préserver l’*autonomie scientifique* de ces agences. Didier Gabarda Oliva, de l’Ademe, souligne que ce qui est en jeu dépasse une simple réorganisation administrative : il s’agit de la place même du *service public* dans la transition écologique et sanitaire. Sans moyens ni indépendance, ces structures ne pourront plus remplir leurs missions, comme la protection de la biodiversité ou la prévention des risques climatiques. Les syndicats rappellent que leur travail repose sur des décennies d’expertise, acquise après des crises sanitaires ou environnementales. Leur mobilisation vise donc à alerter sur les risques d’un affaiblissement du service public, alors que les défis écologiques et sanitaires s’intensifient en France et dans le monde.

