« Pesticides à vie » : la carte des mobilisations en France les 10 et 11 octobre
Ce serait un recul historique. Le Parlement européen s'apprête à voter un texte qui affaiblirait considérablement l'encadrement des pesticides en France et en Europe.
Les 10 et 11 octobre 2020, des manifestations contre l'utilisation des pesticides se déroulent dans toute la France. Ces événements s'inscrivent dans une série de mobilisations plus larges appelées « Pesticides à vie », qui dénoncent les dangers des produits phytosanitaires pour la santé humaine et l'environnement. Les organisateurs, principalement des associations écologistes comme Générations Futures ou FNE (France Nature Environnement), appellent à des rassemblements dans plus de 50 villes du pays. L'objectif est de sensibiliser l'opinion publique et d'interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de réduire l'usage de ces substances. Ces dates coïncident avec la Semaine pour les alternatives aux pesticides, un événement annuel qui met en lumière des solutions comme l'agriculture biologique ou les méthodes de lutte intégrée contre les nuisibles.
Les manifestants visent particulièrement les politiques agricoles actuelles, jugées trop permissives envers les pesticides. Parmi les cibles figurent le gouvernement français, les députés et les lobbies de l'industrie agrochimique, comme Syngenta ou Bayer-Monsanto, accusés de freiner les avancées réglementaires. Les protestataires dénoncent aussi l'autorisation de certains pesticides controversés, comme le glyphosate, un herbicide classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 2015. En France, environ 70 000 tonnes de pesticides sont épandues chaque année, selon les données du ministère de l'Agriculture. Les manifestants réclament une interdiction totale du glyphosate, déjà promise par le gouvernement en 2017 pour 2022, mais dont le report est redouté.
Les pesticides sont pointés du doigt pour leurs effets sur la santé, notamment les liens possibles avec des maladies comme certains cancers, des troubles neurologiques ou des malformations congénitales. Des études, comme celle publiée en 2019 par l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), suggèrent une augmentation des risques de lymphomes non hodgkiniens chez les agriculteurs exposés. En France, les pesticides seraient responsables de 1 à 3 % des cancers, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Les mobilisations insistent aussi sur la contamination des sols, de l'eau et des aliments, avec des résidus de pesticides détectés dans 90 % des échantillons d'eau potable analysés en 2019 par les agences régionales de santé.
Les organisateurs des manifestations proposent des alternatives pour réduire l'usage des pesticides, comme le développement de l'agriculture biologique, qui représente déjà 9,5 % des surfaces agricoles en France en 2020. Ils demandent aussi un soutien accru aux agriculteurs pour la transition vers des méthodes moins polluantes, via des aides financières ou des formations. Une pétition nationale, lancée dans le cadre de « Pesticides à vie », a recueilli plus de 500 000 signatures en 2020. Les revendications incluent également l'application stricte du plan Écophyto, un programme gouvernemental visant à réduire de 50 % l'usage des pesticides d'ici 2025, mais dont les résultats restent insuffisants selon les associations.
Ces mobilisations surviennent dans un contexte politique tendu autour de la question des pesticides. En 2019, le gouvernement a annoncé un moratoire sur trois néonicotinoïdes, des insecticides nocifs pour les abeilles, mais leur interdiction définitive a été reportée à 2023. Par ailleurs, la *loi EGalim* de 2018, qui vise à mieux rémunérer les agriculteurs et à réduire les pesticides, peine à être appliquée pleinement. Les manifestants craignent que les promesses politiques ne se concrétisent pas, d'où l'appel à une pression citoyenne accrue. En 2020, la crise sanitaire liée au Covid-19 a aussi mis en lumière l'importance de l'alimentation saine, renforçant les arguments des opposants aux pesticides.

