Les pays européens retirent leur or des États-Unis
Trump pourrait-il inventer un prétexte pour saisir l'or détenu à New York ? L’article Les pays européens retirent leur or des États-Unis est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Les Pays-Bas ont annoncé le 2 septembre 2026 avoir transféré une partie de leurs réserves d’or stockées aux États-Unis et au Canada vers Londres et leur propre coffre-fort national. Au total, 59 tonnes d’or ont été vendues à New York puis rachetées à Londres, tandis que 27 tonnes ont été déplacées physiquement des États-Unis et du Canada vers les Pays-Bas avant d’être acheminées vers Londres. Cette opération vise à renforcer la résilience et la capacité de préparation des Pays-Bas en cas de crise, selon la Banque des Pays-Bas (De Nederlandsche Bank). La part d’or néerlandais stockée à New York est passée de 31,3 % à 18,5 %, tandis que celle stockée à Londres est passée de 18,1 % à 32,1 %. Cette décision s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer la répartition géographique des réserves d’or entre l’Amérique du Nord et l’Europe.
La France est le premier pays européen à avoir retiré la totalité de son or stocké aux États-Unis. Entre 2005 et aujourd’hui, elle a vendu 129 tonnes d’or conservées à New York et rapatrié les lingots en France dans le cadre d’une opération de modernisation et de rationalisation de ses réserves. Cette décision, prise bien avant les mouvements récents des Pays-Bas, montre une volonté de réduire la dépendance aux coffres américains. Aujourd’hui, la France ne détient plus aucune tonne d’or sur le sol américain, marquant une rupture avec la tradition de stockage partagé entre les deux pays depuis la Seconde Guerre mondiale.
L’Allemagne, qui possède les deuxièmes plus grandes réserves d’or au monde après les États-Unis, fait l’objet de pressions politiques pour rapatrier une partie de son or. Des élus de plusieurs partis, dont l’AfD, le BSW et la CSU, ont appelé le gouvernement à transférer davantage de lingots vers l’Europe. L’Allemagne détient environ 3 355 tonnes d’or, dont une partie est stockée aux États-Unis. En Italie, troisième détentrice mondiale avec 2 452 tonnes, le parti Fratelli d’Italia avait fait du rapatriement de l’or une promesse de campagne en 2019, sans que cette mesure ne soit encore appliquée par la Première ministre Giorgia Meloni.
Les transferts d’or réalisés par les Pays-Bas et la France n’ont qu’un impact économique limité. La majorité de l’or a été vendue à des acheteurs privés aux États-Unis avant d’être rachetée en Europe, limitant les mouvements physiques transatlantiques. Seule une faible part a été déplacée physiquement entre les continents. Cependant, ces opérations reflètent une perte de confiance croissante dans la stabilité et la fiabilité des États-Unis comme dépositaire des réserves d’or étrangères. L’économiste Paul Krugman souligne que le mépris affiché par l’administration américaine actuelle pour le droit international et national rend plausible l’idée que les États-Unis pourraient un jour saisir l’or étranger stocké dans leurs coffres, une hypothèse autrefois jugée improbable.
Ces mouvements d’or surviennent dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et l’Europe, notamment depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Son administration est perçue comme moins fiable et plus imprévisible que les précédentes, ce qui pousse certains pays européens à diversifier leurs réserves et à réduire leur exposition aux risques géopolitiques. La décision des Pays-Bas, bien que présentée comme une mesure de *résilience*, s’inscrit dans cette logique de prudence. Elle pourrait inciter d’autres pays européens à suivre leur exemple, notamment l’Allemagne et l’Italie, où des débats politiques sont en cours sur le sujet.

