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Droit

Le Liban, ses épreuves et les conditions de sa double souveraineté

Univ-Droit : droit public · mis à jour 2 juil.

Cette 3e édition des Travaux collectifs des Presses de l’Université Toulouse Capitole, consacrée au Liban, s’inscrit dans la volonté de contribuer à la reconstruction du pays du Cèdre qui ploie encore une fois sous les feux d’une guerre qu’il n’a ni décidée ni choisie.Lire la suite....

Contexte libanais

Le Liban traverse une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années, marquée par des difficultés économiques, politiques et sociales. Ce pays du Proche-Orient, souvent cité pour sa stabilité relative dans une région instable, fait face à une dégradation progressive de ses institutions et de son système de gouvernance. La notion de double souveraineté renvoie ici à la coexistence de deux sources de légitimité politique : d'une part, l'État libanais, dont les institutions sont affaiblies par des divisions internes et une corruption endémique, et d'autre part, des acteurs non étatiques comme le Hezbollah, qui dispose d'une puissance militaire et politique significative. Cette dualité crée une tension permanente entre les structures officielles et les forces parallèles, remettant en cause la souveraineté traditionnelle de l'État. Le Liban illustre ainsi un cas d'étude des défis posés par la fragmentation du pouvoir dans des contextes post-conflits ou fragilisés.

Crise économique

La crise économique libanaise est l'une des plus graves au monde depuis les années 1950, avec une chute du produit intérieur brut (PIB) de plus de 40 % entre 2018 et 2024. L'inflation a dépassé les 200 % en 2021, et la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur face au dollar américain depuis 2019. Cette situation a plongé près de 80 % de la population sous le seuil de pauvreté, selon les estimations de la Banque mondiale. Les causes de cette crise incluent la corruption généralisée, la mauvaise gestion des fonds publics, la fuite des capitaux et l'absence de réformes structurelles. Le système bancaire, autrefois stable, s'est effondré, laissant des milliers de déposants sans accès à leurs économies. Ces difficultés économiques exacerbent les tensions sociales et politiques, rendant la reconstruction du pays encore plus complexe.

Double souveraineté

La double souveraineté au Liban désigne une situation où le pouvoir est partagé entre l'État, dont les institutions sont théoriquement souveraines, et des acteurs non étatiques comme le Hezbollah, qui exerce un contrôle militaire et politique dans certaines régions. Le Hezbollah, mouvement chiite armé et pro-iranien, dispose d'une milice estimée à 20 000 combattants, bien plus puissante que l'armée libanaise officielle. Cette organisation joue un rôle clé dans la vie politique libanaise, influençant les décisions gouvernementales et occupant des postes stratégiques. La coexistence de ces deux formes de souveraineté crée une gouvernance fragmentée, où l'État peine à affirmer son autorité sur l'ensemble du territoire. Cette situation est souvent analysée comme une souveraineté limitée ou partagée, où la légitimité de l'État est constamment contestée.

Enjeux géopolitiques

Le Liban est un terrain d'affrontement indirect entre plusieurs puissances régionales et internationales, ce qui complique sa stabilisation. L'Iran soutient financièrement et militairement le Hezbollah, tandis que l'Arabie saoudite et les États-Unis financent des factions politiques opposées. La Syrie, qui a occupé militairement le Liban de 1976 à 2005, conserve une influence résiduelle. Israël, pour sa part, considère le Hezbollah comme une menace majeure et intervient régulièrement par des frappes aériennes. Ces rivalités géopolitiques limitent la marge de manœuvre des dirigeants libanais, qui doivent naviguer entre ces influences pour tenter de préserver une souveraineté minimale. Le pays est ainsi pris en étau dans des dynamiques qui dépassent largement ses frontières.

Ce que ça pourrait changer

Malgré l'ampleur des défis, des voix s'élèvent pour proposer des pistes de réforme visant à restaurer la souveraineté de l'État libanais. Parmi les mesures évoquées figurent la lutte contre la corruption, la réforme du système bancaire, la tenue d'élections transparentes et la réduction de l'influence des milices. Cependant, ces réformes se heurtent à des résistances internes, notamment de la part des élites politiques traditionnelles, souvent accusées de clientélisme et de népotisme. La communauté internationale, notamment l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), conditionne son aide à la mise en œuvre de ces réformes. Pourtant, leur application reste incertaine en raison des divisions politiques et de l'absence de consensus national. Le Liban illustre ainsi le paradoxe d'un pays riche en ressources humaines et naturelles, mais paralysé par des blocages structurels.

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