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Société

En Chine, les enfants uniques veulent se marier entre eux, et tant pis pour les autres

Slate FR · mis à jour il y a 10 j

Dans l'Empire du Milieu, une nouvelle exigence s'est invitée sur la liste des critères amoureux: celle de trouver un partenaire qui n'a ni frère, ni sœur..

Préférence des enfants uniques

En Chine, les enfants uniques, c'est-à-dire ceux qui n'ont ni frère ni sœur, privilégient de plus en plus de se marier entre eux. Cette tendance est illustrée par des exemples comme celui de Kalinda Duan, une femme de 28 ans originaire du Shanxi, qui refuse catégoriquement d'envisager un partenaire ayant des frères ou sœurs, même si ce dernier occupe une position sociale élevée. Pour elle, comme pour d'autres, l'absence de fratrie est un critère essentiel dans le choix d'un conjoint. Cette préférence s'explique par des raisons culturelles, affectives et financières, comme le montre une étude menée par Fangqi Wen, sociologue à l'université d'État de l'Ohio aux États-Unis. Selon ses recherches, les enfants uniques ont 18 % de chances en plus de former un couple avec une personne dans la même situation qu'eux.

Raisons culturelles et affectives

Les enfants uniques chinois, ayant grandi sans partager l'attention de leurs parents avec des frères ou sœurs, développent une sensibilité particulière aux dynamiques familiales. Pour eux, l'idée de devoir partager leur futur conjoint avec une belle-sœur ou un beau-frère est perçue comme une contrainte, voire une menace pour l'équilibre du couple. Kalinda Duan exprime clairement ce sentiment en déclarant ne pas pouvoir accepter qu'un partenaire accorde autant d'importance à sa sœur. Cette préférence pour des conjoints sans fratrie reflète une volonté de préserver une relation exclusive et centrée sur le couple, sans intrusion extérieure. Les disputes ou les obligations familiales liées à la fratrie sont ainsi considérées comme des éléments perturbateurs.

Enjeux financiers et héritage

Au-delà des aspects affectifs, les considérations financières jouent un rôle majeur dans cette tendance. En Chine, la tradition veut que les parents versent une dot (une somme d'argent ou des biens) pour aider leurs fils à se marier. Lorsque plusieurs frères sont présents dans une famille, cette dot est souvent répartie entre eux, ce qui réduit les ressources disponibles pour chacun. De plus, l'héritage familial est également partagé entre plusieurs enfants, ce qui diminue la part reçue par chaque individu. Pour éviter ces contraintes, certains préfèrent épouser des enfants uniques, afin de concentrer les ressources familiales sur leur propre foyer. Cette logique économique s'ajoute aux autres critères de sélection d'un conjoint.

Contexte démographique et politique

La politique de l'enfant unique, appliquée en Chine entre 1979 et 2015, a profondément marqué la société chinoise. Bien que cette politique ait été assouplie dans les zones rurales avec la politique de l'enfant et demi (permettant aux couples ruraux d'avoir un deuxième enfant si le premier était une fille), les enfants uniques représentent aujourd'hui environ 40 % des étudiants universitaires en Chine, selon une enquête nationale de 2019. Contrairement aux idées reçues, ils ne forment pas la majorité des jeunes Chinois. Cependant, leur influence sur les dynamiques matrimoniales est significative, notamment dans un contexte de déclin démographique. En 2026, seulement 3,3 millions de couples se sont mariés au premier semestre, soit une baisse de 7,5 % par rapport à 2025, ce qui inquiète les autorités chinoises.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette tendance, des entremetteurs comme M. Yue, basé à Shanghai, organisent des rencontres pour célibataires via des plateformes comme WeChat, l'équivalent chinois de TikTok. Sa communauté rassemble des milliers de membres, et il constate que de nombreuses personnes déclinent poliment des rendez-vous avec des candidats ayant des frères ou sœurs. Ces plateformes numériques facilitent la mise en relation de personnes partageant les mêmes critères, renforçant ainsi la tendance à l'endogamie (mariage entre personnes d'un même groupe). Les discussions lors des premiers rendez-vous incluent désormais systématiquement des sujets comme la voiture, la maison ou l'épargne, mais aussi la question de la fratrie, devenue un critère de sélection incontournable.

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