Viol collectif allégué : que s’est-il passé à l’Université Cornell?
La réouverture de l'enquête soulève des questions quant à la gestion initiale de la plainte, déposée en 2024..
En octobre 2024, une étudiante de 20 ans, surnommée Jane Doe dans les documents judiciaires, affirme avoir été victime d'un viol collectif par sept hommes sur le campus de l'Université Cornell à Ithaca, dans l'État de New York. L'agression aurait eu lieu dans la maison de la fraternité Chi Phi National, où la victime aurait été droguée avec de la kétamine, une substance anesthésiante et hallucinogène souvent utilisée de manière illégale dans les contextes festifs. Sept hommes, surnommés les Cornell Seven ou les Sept de Cornell, sont nommés dans la plainte déposée par la victime. Ces hommes appartiennent à la fraternité Chi Phi ou y sont associés. L'agression aurait duré environ quatre heures, de 1 h 42 à 5 h 45, et aurait impliqué des relations sexuelles non consenties selon la version de la victime.
Le 19 octobre 2024, Jane Doe participe à une fête organisée par sa sororité Tri Delta National. Vers 20 h 30, elle quitte la fête en Uber pour se rendre au Moonies Bar and Nightclub, où elle se fait apposer un tampon sur la main pour indiquer qu'elle n'a pas l'âge légal pour consommer de l'alcool (21 ans aux États-Unis). Malgré cela, elle affirme avoir été servie. Vers 23 h, elle se rend ensuite au Lot 10, un autre bar, avant de marcher environ un kilomètre pour rejoindre la maison de la fraternité Chi Phi. Là, elle est accueillie par deux hommes, Matthew Ingalls et Johnathan Newell, qui lui donnent de l'alcool, du rhum, de la marijuana et de la kétamine. Jane Doe déclare n'avoir jamais consommé de kétamine auparavant et affirme avoir été forcée de l'inhaler. Elle est ensuite conduite dans une chambre où les agressions sexuelles commencent. Vers 1 h 42, Johnathan Newell envoie un message dans un groupe Snapchat invitant d'autres membres de la fraternité à rejoindre la chambre.
Le 8 novembre 2024, Jane Doe porte plainte à la police de l'Université Cornell. Dans sa déclaration, elle admet avoir consommé de l'alcool et de la drogue de son plein gré, ainsi que d'avoir accepté d'avoir des relations sexuelles avec Matthew Ingalls et Johnathan Newell en raison de sa curiosité due à l'alcool. Elle précise ne pas avoir été inconsciente ou hors d'état d'agir à aucun moment. Le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, estime alors ne pas avoir suffisamment d'éléments pour engager des poursuites criminelles. Ni la police ni les enquêteurs ne recontactent Jane Doe après sa déclaration initiale. On ignore si les sept hommes impliqués ont été interrogés. La maison de la fraternité Chi Phi est fermée et les sept étudiants sont suspendus. Le 14 janvier 2025, Jane Doe dépose une plainte auprès du coordonnateur du Titre IX de l'Université Cornell, une loi fédérale américaine interdisant la discrimination basée sur le sexe. Un comité d'audition tient douze audiences et prononce des sanctions : expulsions, suspensions, et parfois des travaux écrits pour certains étudiants.
Le 16 septembre 2026, Jane Doe dépose une nouvelle poursuite contre l'Université Cornell, la fraternité Chi Phi, les sept hommes, ainsi que d'autres parties comme son ancienne sororité et des bars ayant servi de l'alcool. Cette action relance l'affaire dans les médias et sur les réseaux sociaux, créant un tollé. Le 28 septembre 2026, le procureur Van Houten annonce la réouverture de l'enquête, expliquant que les allégations de la nouvelle plainte diffèrent radicalement de celles de la déclaration initiale de 2024. Son bureau examine de nouveaux éléments de preuve, comme une capture d'écran d'une conversation Snapchat entre les membres de la fraternité et des messages textes échangés après l'agression. L'avocat de Jane Doe, Thomas P. Giuffra, critique la gestion initiale de l'affaire, soulignant que la victime n'a jamais été contactée par des enquêteurs spécialisés dans les agressions sexuelles.
L'Université Cornell soutient la décision du procureur de permettre à Jane Doe de se faire entendre par un jury. Le procureur Van Houten juge les allégations de la victime crédibles. Les avocats de deux des accusés, Scott Kretzschmar et Gillio Lopes, nient les accusations portées contre leurs clients. Scott Norris, un autre accusé, reconnaît avoir envoyé un message dans le groupe *Snapchat* mais affirme ne pas avoir participé aux agressions sexuelles. Jane Doe déclare avoir voulu abandonner ses études après l'agression présumée, mais l'Université Cornell a refusé de rembourser ses frais universitaires. Elle a finalement quitté l'établissement sans obtenir son diplôme. Les sept hommes impliqués ont été identifiés par le journal étudiant *The Cornell Daily Sun* dans un éditorial intitulé *Cornell ne le fera pas, mais nous, oui*.

