Anthropic rattrapée par la loi : l’entreprise devra payer 1, 5 milliard de dollars à des milliers d’auteurs après avoir utilisé des livres piratés pour entraîner Claude
Pour une entreprise qui voulait concevoir un chatbot éthique et bénéfique pour l'humanité, c'est une claque dans la nuque bien méritée. Un tribunal fédéral vient de lui infliger la plus grosse amende pour violation de droits d'auteur de l'histoire des États-Unis.
Un tribunal fédéral américain a infligé à Anthropic une amende record de 1,5 milliard de dollars pour avoir utilisé des livres piratés afin d'entraîner son intelligence artificielle Claude. Cette décision, rendue le 22 juillet 2026, constitue la plus grosse sanction jamais imposée pour violation de droits d'auteur aux États-Unis. Anthropic, une entreprise spécialisée dans l'IA, avait intégré dans ses bases de données plus de sept millions d'ouvrages téléchargés illégalement via des plateformes comme _Library Genesis_ et _Pirate Library Mirror_. Ces livres provenaient de milliers d'auteurs et d'éditeurs, dont les œuvres ont été exploitées sans autorisation ni compensation. La firme, qui se présentait comme un acteur éthique de l'IA, se retrouve désormais au cœur d'un scandale juridique majeur.
Anthropic a constitué une base de données appelée « bibliothèque centrale » en récupérant massivement des livres protégés par le droit d'auteur, principalement via des sources illégales. Cette pratique visait à améliorer les performances de son modèle d'IA, Claude, en lui permettant d'analyser des structures linguistiques variées. Le tribunal a estimé que ce téléchargement et ce stockage permanent de livres piratés ne pouvaient être justifiés par le principe de fair use (usage équitable), un concept du droit américain qui autorise l'utilisation d'œuvres protégées sous certaines conditions. En revanche, le tribunal avait précédemment validé l'entraînement de l'IA sur ces données, car le modèle final ne reproduit pas directement les livres. Cependant, la source illégale des données a été jugée inacceptable.
Plutôt que de risquer un procès public, Anthropic a choisi de négocier un accord avec les auteurs et éditeurs lésés. Cet accord, validé par la juge Araceli Martínez-Olguín le 22 juillet 2026, prévoit le versement de 1,5 milliard de dollars à plus de 482 000 ayants droit, dont 91 % se sont manifestés pour récupérer leur part. Chaque ouvrage piraté donne droit à une compensation d'environ 3 000 dollars après déduction des frais de justice et des honoraires d'avocats. Bien que ce montant puisse sembler modeste par livre, il représente une somme colossale pour les auteurs concernés. Anthropic évite ainsi une condamnation bien plus lourde, qui aurait pu atteindre des centaines de milliards de dollars si le tribunal avait appliqué la sanction maximale de 150 000 dollars par livre piraté de manière délibérée.
La directrice juridique adjointe d'Anthropic, Aparna Sridhar, a salué la résolution de l'affaire, affirmant que la majorité des auteurs concernés avaient accepté l'accord. L'entreprise conserve ses modèles d'IA, y compris les versions récentes comme Opus 4.7 et Mythos, malgré la destruction des fichiers piratés. Anthropic se présente toujours comme un acteur éthique de l'IA, mais cette affaire révèle des contradictions dans sa démarche. La décision ne crée pas de jurisprudence contraignante, car elle repose sur un accord et non sur un jugement définitif. D'autres entreprises comme OpenAI, Google ou Meta, également poursuivies pour des pratiques similaires, devront faire face à des tribunaux qui pourraient aboutir à des verdicts différents.
Le *fair use* est un principe du droit américain qui permet d'utiliser des œuvres protégées sans l'autorisation de leurs auteurs, à condition que cette utilisation soit transformative, limitée et ne concurrence pas l'œuvre originale. Dans cette affaire, le juge William Alsup avait initialement estimé en juin 2025 que l'entraînement de l'IA respectait ce principe, car le modèle final ne reproduisait pas les livres. Cependant, le téléchargement et le stockage des livres piratés dans une base permanente ont été jugés illégaux. Cette décision illustre les tensions entre innovation technologique et protection des droits d'auteur, un débat qui s'intensifie avec le développement des intelligences artificielles.

