Le Vanuatu saisit la Cour internationale de justice face à la France
La saisine par le Vanuatu de la Cour internationale de justice dans son différend avec la France au sujet des îlots de Matthew et Hunter souligne l’échec des négociations entre Paris et Port-Vila. Un nouveau chapitre s’ouvre dans ce dossier, avec des risques pour la France..
Le Vanuatu et la France s'affrontent pour le contrôle de deux îlots inhabités du Pacifique : Matthew et Hunter. Ces îles, situées à environ 300 kilomètres au sud du Vanuatu et à plus de 400 kilomètres à l'est de la Nouvelle-Calédonie, sont revendiquées par les deux pays. Leur importance stratégique réside dans leur zone économique exclusive (ZEE) de 200 miles nautiques, soit environ 370 kilomètres autour de chaque île. Cette zone permet d'exploiter les ressources maritimes et sous-marines. Actuellement, ces îles sont rattachées à la ZEE de la Nouvelle-Calédonie, ce qui représente une superficie de 350 000 km², soit près d'un cinquième du domaine maritime de ce territoire français d'outre-mer. Le Vanuatu conteste cette attribution et demande la reconnaissance de sa souveraineté sur ces îles, qu'il considère comme faisant partie intégrante de son territoire depuis des siècles, bien avant l'arrivée des Européens.
Le différend remonte à l'époque coloniale. Entre 1907 et 1980, le Vanuatu, alors appelé Nouvelles-Hébrides, était un condominium franco-britannique, c'est-à-dire un territoire administré conjointement par la France et le Royaume-Uni. En 1965, le Royaume-Uni a reconnu à la France la souveraineté sur les îlots de Matthew et Hunter, intégrés ensuite à la ZEE de la Nouvelle-Calédonie. Le Vanuatu, indépendant depuis 1980, conteste cette décision et considère que ces îles lui reviennent de droit, en raison de leur proximité géographique et de leur importance culturelle pour les populations locales. Le Premier ministre vanuatais, Jotham Napat, a déclaré que ces îles ont toujours appartenu, et appartiendront toujours, au peuple du Vanuatu, soulignant leur valeur spirituelle et culturelle pour les habitants autochtones.
Le 1er septembre 2026, le Vanuatu a officiellement saisi la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction des Nations unies, pour trancher ce différend territorial. La France, qui ne reconnaît la compétence de la CIJ qu'au cas par cas depuis 1979, a indiqué qu'elle répondrait à cette requête en temps voulu. Cette saisine marque l'échec des négociations bilatérales menées ces derniers mois entre les deux pays. La CIJ, basée à La Haye aux Pays-Bas, est compétente pour régler les litiges entre États et rendre des avis consultatifs sur des questions de droit international. Dans ce cas précis, le Vanuatu demande à la cour de reconnaître sa souveraineté sur les îles Matthew et Hunter, en s'appuyant sur le principe de l'autodétermination, qui garantit à un peuple le droit de disposer de son territoire.
Le Vanuatu s'appuie sur un précédent judiciaire pour étayer sa demande. En 2019, la CIJ avait rendu un avis consultatif dans l'affaire opposant la Grande-Bretagne à Maurice concernant les îles Chagos. Les juges avaient estimé que le droit à l'autodétermination impliquait le respect de l'intégrité territoriale d'un territoire non autonome, y compris ses parties inhabitées. Dans le cas des îles Matthew et Hunter, le Vanuatu pourrait invoquer ce principe pour contester la souveraineté française. Cependant, la France pourrait invoquer son propre droit, issu d'un accord colonial de 1965, pour justifier sa position. Cette affaire soulève des questions complexes sur l'héritage colonial et la décolonisation, alors que la région du Pacifique défend activement la fin des territoires sous domination étrangère.
Pour la France, cette affaire est sensible à plusieurs niveaux. Un jugement en faveur du Vanuatu pourrait affaiblir sa position dans d'autres litiges territoriaux dans le Pacifique, comme celui concernant l'atoll de Clipperton, revendiqué par le Mexique. De plus, cette affaire survient dans un contexte de tensions en Nouvelle-Calédonie, où les indépendantistes kanaks ont apporté leur soutien aux revendications du Vanuatu. Les chefs autochtones kanaks ont affirmé que les îles Matthew et Hunter n'ont aucun lien avec la Nouvelle-Calédonie et qu'elles appartiennent légitimement au Vanuatu. Enfin, la France pourrait être perçue comme réticente à appliquer les principes de décolonisation dans la région, ce qui pourrait nuire à ses relations avec les pays du Pacifique.
Le Premier ministre vanuatais, Jotham Napat, a présenté la saisine de la CIJ comme un *exercice de [leurs] droits* et une volonté de régler un *héritage colonial non résolu avec dignité*. Il a souligné que cette démarche n'était pas un acte de confrontation, mais une recherche de justice internationale. Du côté français, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Éléonore Caroit, a indiqué que la France répondrait à la requête en temps voulu, sans préciser sa position. Par ailleurs, les tensions entre les deux pays pourraient s'aggraver si les négociations échouent, alors que le Vanuatu insiste sur la nécessité de résoudre ce dossier *avec détermination et confiance dans le droit international*.

