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Décapitaliser le savoir scientifique et le rendre accessible à tous : des solutions existent

The Conversation France · mis à jour 1 juil.

À quand un accès libre et gratuit au savoir ? (En photo, la tour de livres de la bibliothèque Městská knihovna à Prague, République tchèque.) Lysander Yuen/Unsplash , CC BY Publier et accéder à des articles scientifiques coûte très cher aux organismes de recherche. L’accès ouvert est-il la solution parfaite ? Découvrez des exemples concrets de publications qui allient gratuité, exigence et rigueur.

Industrie lucrative

L’édition scientifique est une industrie extrêmement rentable, générant environ 19 milliards de dollars US (soit 16,67 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an, avec des marges atteignant 40 %. Ces profits proviennent principalement de maisons d’édition privées comme Elsevier, Springer Nature, Wiley, Taylor & Francis ou SAGE. Ces entreprises capitalisent sur un travail majoritairement financé par des fonds publics, notamment la rédaction, l’évaluation par les pairs et une partie du travail éditorial, qui sont réalisés gratuitement par les chercheurs. Cette situation crée des inégalités d’accès au savoir scientifique, où la richesse des instituts ou des pays influence fortement la capacité à consulter ou publier des recherches.

Barrières payantes

Pendant des décennies, la recherche scientifique a été publiée derrière des barrières payantes, appelées paywalls. Cela signifie que les scientifiques, leurs institutions et le grand public doivent payer pour accéder aux articles, souvent entre quelques dizaines et une centaine d’euros par article. Les instituts de recherche, quant à eux, dépensent des millions d’euros en abonnements à des milliers de revues scientifiques pour permettre à leurs chercheurs d’y accéder. Avant l’ère numérique, ces coûts élevés s’expliquaient par l’impression et la distribution physique des revues, mais aujourd’hui, avec la diffusion électronique, cette justification n’est plus valable. Pourtant, les frais de publication ont fortement augmenté, ce qui a poussé des initiatives comme le Guerilla Open Access Manifesto d’Aaron Swartz en 2008 ou la création de Sci-Hub par Alexandra Elbakyan en 2011, bien que cette dernière reste illégale dans de nombreux pays.

Accès ouvert

Face aux inégalités d’accès à la science et aux frustrations liées aux barrières payantes, l’Open Access (OA), ou accès ouvert, est de plus en plus exigé par les agences de financement de la recherche et parfois par les gouvernements. L’objectif est de rendre la recherche, surtout lorsqu’elle est financée par des fonds publics, accessible comme un bien commun. Plusieurs modèles coexistent aujourd’hui, dont trois principaux : l’OA verte, l’OA dorée et l’OA diamant. L’OA verte consiste à publier dans une revue classique puis à déposer une version acceptée du manuscrit dans une archive ouverte. L’OA dorée rend l’article immédiatement accessible, mais implique des frais de publication élevés, payés par les auteurs ou leurs institutions. L’OA diamant, quant à elle, est gratuite pour les auteurs et les lecteurs, portée par des communautés scientifiques ou des institutions sans but lucratif.

Modèle diamant

L’Open Access diamant est un modèle où les revues scientifiques sont gratuites pour les auteurs et les lecteurs. Elles sont souvent gérées par des communautés scientifiques, des bibliothèques universitaires ou des institutions sans but lucratif. Des outils comme Open Journal System, utilisé dans 148 pays, permettent de gérer gratuitement l’ensemble du processus éditorial d’une revue. Des exemples incluent les revues Sedimentologika ou Planetary Research, ainsi que des plateformes comme Sci|Post ou Episciences. Ces initiatives montrent qu’il est possible de publier de manière rigoureuse et gratuite. Un autre modèle innovant est le Subscribe-to-Open (S2O), où un abonnement annuel permet, une fois le seuil de rentabilité atteint, de rendre tous les articles accessibles librement de manière permanente.

Prépublications et alternatives

Certains scientifiques partagent leurs travaux sous forme de preprints, des manuscrits non encore évalués par les pairs, via des plateformes comme arXiv (2,4 millions d’articles) ou HAL en France. Ces dépôts permettent une diffusion immédiate et gratuite, bien que la garantie de qualité scientifique soit limitée. De nombreux travaux influents y sont accessibles avant leur publication officielle. Par ailleurs, des sociétés savantes proposent des revues en accès diamant depuis longtemps, comme les Comptes Rendus de l’Académie des sciences ou certaines publications de la Société américaine de mathématique. D’autres initiatives, comme Peer Community In, permettent une évaluation gratuite et ouverte des articles, offrant une alternative aux revues traditionnelles.

Ce que ça pourrait changer

L’édition scientifique est menacée par les logiques capitalistes des grands éditeurs privés, qui s’enrichissent grâce à un travail produit par les scientifiques eux-mêmes. Ces acteurs contrôlent aussi des outils d’indexation et de visibilité, renforçant leur domination. Ils promeuvent des métriques comme les facteurs d’impact, malgré leurs limites documentées, pour évaluer la recherche. Cette situation influence les carrières des chercheurs, souvent jugées sur le prestige des revues plutôt que sur la qualité des travaux. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de promotion de *faits alternatifs*, préserver l’indépendance de la science et sa transparence est crucial. Rendre la science plus accessible renforce aussi la confiance du public et permet une meilleure réponse aux défis actuels.

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