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Géopolitique

Pourquoi la Serbie reste prisonnière du mythe Ratko Mladic

Courrier International · mis à jour il y a 16 j

Jeudi 3 septembre, la dépouille du général Ratko Mladic, chef militaire des Serbes de Bosnie, condamné à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie pour génocide à Srebrenica, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a été accueillie avec les honneurs militaires à Belgrade. Dans son dernier numéro, l’hebdomadaire “Vreme” s’en prend au mythe qui entoure toujours le militaire..

Mort de Ratko Mladic

Ratko Mladic, général serbe de Bosnie, est décédé le 27 août 2026 à l’âge de 84 ans en détention aux Pays-Bas. Il avait été condamné à la prison à perpétuité par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ses actes les plus graves figure le massacre de Srebrenica en 1995, où près de 8 000 Bosniens musulmans ont été tués. Son décès a été accueilli avec des honneurs militaires à Belgrade, la capitale serbe, illustrant la persistance d’un mythe autour de sa figure dans une partie de la société serbe.

Condamnation et responsabilité

Le TPIY a établi la responsabilité individuelle de Ratko Mladic dans les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie (1991-1995). Contrairement à une idée reçue, le tribunal n’a pas condamné le peuple serbe, mais un homme pour des actes précis. Pourtant, les élites politiques et médiatiques serbes ont souvent présenté sa condamnation comme une attaque contre tous les Serbes, évitant ainsi de remettre en cause le système qui a produit et protégé Mladic. Cette stratégie a permis de détourner l’attention des responsabilités collectives et des idéologies sous-jacentes.

Construction du mythe

Le mythe de Ratko Mladic n’a pas émergé spontanément. Il a été construit et entretenu par les pouvoirs politiques successifs en Serbie et en Republika Srpska (l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine), ainsi que par les médias locaux. À l’origine officier modeste de l’Armée populaire yougoslave, Mladic est devenu une figure héroïque grâce à ses succès militaires face à des adversaires moins préparés. Son image de protecteur archétypal, présent sur les lignes de front aux côtés de ses hommes, a renforcé son aura auprès de la population pendant les conflits.

Rôle des dirigeants serbes

Les gouvernements serbes, notamment ceux de Slobodan Milosevic (président de 1989 à 1997) et d’Aleksandar Vucic (président depuis 2017), ont joué un rôle clé dans la réhabilitation de Ratko Mladic. Milosevic, lui-même jugé par le TPIY, a utilisé le mythe du général héroïque pour unifier la population serbe autour de la guerre et de son régime. Vucic, ancien nationaliste radical, a poursuivi cette stratégie pour réhabiliter son propre passé politique et celui de son parti. Cette réhabilitation vise à effacer la responsabilité des institutions et à présenter les crimes comme l’œuvre d’un seul homme.

Impact sur la jeunesse serbe

Les conséquences de cette construction mythique dépassent les générations ayant vécu les guerres. Aujourd’hui, des jeunes Serbes qui n’étaient pas nés dans les années 1990 peignent des fresques à l’effigie de Mladic et reprennent le langage des idéologues radicaux de l’époque. Leur mémoire est façonnée par des manuels scolaires qui brouillent les faits, des médias qui transforment les défaites en victoires, et des responsables politiques qui présentent toute critique des crimes comme une attaque contre les Serbes. Cela montre comment un récit historique déformé peut se transmettre sur plusieurs décennies.

Ce que ça pourrait changer

La Serbie peine à se libérer du poids de ce passé en raison d’un refus collectif de affronter les responsabilités historiques. Selon l’hebdomadaire *Vreme*, la condamnation de Mladic aurait pu offrir une opportunité pour individualiser les responsabilités et ouvrir un débat sur l’idéologie, la propagande et les profiteurs de guerre. Pourtant, les élites ont choisi de se retrancher derrière le peuple, transformant la condamnation d’un général en une condamnation symbolique de tous les Serbes. Ce déni entrave toute réconciliation et perpétue les divisions dans les Balkans.

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