Un vendredi de blocage des lycées sous haute tension en France, 400 établissements fermés
Le mouvement contre le manque de moyens et d’enseignants s’était enflammé la veille..
Vendredi 2 octobre 2026, environ 400 lycées sur les 3 700 que compte la France ont été fermés par les autorités en raison d’un mouvement de protestation mené par les lycéens. Ce blocage s’inscrit dans un contexte de tensions sociales accrues, sept mois avant l’élection présidentielle française. Les établissements concernés ont souvent basculé vers des cours à distance pour limiter les perturbations. À la mi-journée, 564 établissements avaient déjà été touchés par des actions ou des perturbations depuis le début de la journée. Ce mouvement s’ajoute à celui des universités, où une trentaine d’établissements étaient également concernés.
Les manifestations ont rapidement dégénéré en violences dans plusieurs villes françaises. À Paris, les entrées de deux lycées ont été endommagées par le feu, tandis qu’en Île-de-France, 55 lycées ont été le théâtre d’affrontements et de dégradations. À Lyon, 11 établissements ont été « impactés » avec des actes isolés comme des incendies de poubelles ou des tirs de mortiers d’artifice. À Rennes, des lycéens ont bloqué un axe routier majeur avec des barricades et un drapeau palestinien, provoquant la colère des automobilistes. Au total, près de 2 000 interpellations ont été recensées jeudi, et plus de 300 policiers ou gendarmes ont été blessés. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a dénoncé une « violence débridée ».
Les lycéens protestent principalement contre le manque de moyens et d’enseignants dans les établissements scolaires. Ils dénoncent des classes surchargées, des emplois du temps trop chargés et des salaires jugés trop bas pour les enseignants, ce qui rend la profession peu attractive. Lola, une lycéenne de 16 ans interrogée à Lyon, a expliqué que le mouvement visait à obtenir « plus d’argent » et « des emplois du temps moins chargés ». Les élèves soulignent aussi l’impact négatif des absences non remplacées de professeurs sur leur apprentissage. Les pancartes portées lors des manifestations reflètent ces revendications, comme celle lue à Lyon : « Nous voulons être soutenus, pas surchargés ».
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a appelé les parents à éviter que leurs enfants ne manifestent, déclarant sur BFMTV : « Dans la rue, les enfants sont en danger ». Il a également rencontré des syndicats de l’éducation et des associations lycéennes pour tenter de renouer le dialogue. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du premier syndicat des collèges et lycées (SNES-FSU), a qualifié cette réunion de « nécessaire » tout en soulignant qu’aucune solution ne pourrait être trouvée sans une réponse politique nationale. Le ministre a reconnu que le mouvement manquait de revendications nationales claires, celles-ci étant initialement locales. Par ailleurs, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs d’engager la responsabilité civile des parents dont les enfants auraient causé des dégâts, afin de leur faire « payer les réparations ».
Le mouvement a débuté le 17 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry de Créteil, en banlieue parisienne, en soutien à des professeurs en grève contre le manque de personnel. Il s’est ensuite étendu à l’Île-de-France la semaine suivante, puis à d’autres régions de France. Le gouvernement français a accusé la gauche radicale, notamment le parti La France insoumise (LFI), d’être à l’origine de cette mobilisation, évoquant une « manœuvre organisée ». Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a rejeté ces accusations en qualifiant Matignon de « sombrer dans le complotisme ». Ce contexte s’inscrit dans un climat social déjà tendu, marqué par la flambée des prix des carburants et la montée de l’extrême droite, avec Marine Le Pen donnée favorite par les sondages pour l’élection présidentielle de 2027.
Depuis le début du mouvement, 65 personnels de l’Éducation nationale, dont 40 proviseurs, et 170 élèves ont été blessés. Édouard Geffray a dénoncé une « entreprise d’attaque et de destruction du service public de l’Éducation », précisant que « plus d’une centaine de lycées ont connu des dégradations sévères ». Les autorités ont recensé près de 2 000 interpellations jeudi, principalement liées aux violences urbaines. La situation reste particulièrement tendue en Île-de-France, où les forces de l’ordre ont dû intervenir à plusieurs reprises pour disperser les manifestants, notamment à Paris où des policiers en tenue anti-émeute ont utilisé du gaz lacrymogène. Les organisateurs appellent à une poursuite du mouvement avant une grande manifestation prévue mardi 6 octobre 2026.

