L'armée américaine veut mesurer la virilité de ses soldats mais risque de se tirer une balle dans le pied
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, veut mettre en place des tests de testostérone pour tous les militaires âgés de 30 ans et plus. Jusqu'à 100.000 hommes en service actif au sein de l'armée pourraient présenter un taux inférieur au niveau requis, d'après une nouvelle étude..
En été 2026, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a annoncé l’instauration de tests de testostérone pour tous les militaires américains âgés de 30 ans et plus. L’objectif affiché est d’évaluer leur condition physique, car l’administration estime que le taux de cette hormone pourrait refléter leur forme physique. Les soldats dont le taux serait jugé trop bas pourraient bénéficier d’examens complémentaires et d’un traitement hormonal, mais ce dernier resterait facultatif. Aucun seuil précis n’a encore été fixé par Washington pour définir un taux insuffisant, mais les chercheurs s’appuient sur des valeurs médicales courantes : 300 nanogrammes par décilitre (ng/dl) et 264 ng/dl. Cette mesure s’inscrit dans une volonté de mieux comprendre la santé des troupes, mais elle suscite des interrogations sur son utilité réelle.
Une étude menée par des chercheurs de l’université de Purdue a analysé près de 500 échantillons de sang prélevés dans cinq bases militaires américaines. Les résultats révèlent que 26 % des soldats présentent un taux de testostérone inférieur à 300 ng/dl, et 15 % un taux inférieur à 264 ng/dl. En extrapolant ces données à l’ensemble des forces armées américaines, cela représenterait environ 100 000 hommes pour le premier seuil et 58 000 pour le second. Claire Berryman, coautrice de l’étude, souligne l’importance de ces chiffres pour identifier les militaires nécessitant une évaluation clinique supplémentaire après un dépistage initial. Cependant, elle rappelle que ces résultats ne permettent pas de conclure à un lien direct entre un faible taux de testostérone et des performances réduites au combat.
Les experts mettent en garde contre une interprétation hâtive des résultats. Plusieurs facteurs peuvent influencer le taux de testostérone, comme le stress, une maladie, ou même l’heure à laquelle le prélèvement est effectué. Un taux bas peut s’accompagner de fatigue ou d’une perte de masse musculaire, mais il peut aussi être lié à d’autres causes. Les scientifiques insistent sur le fait qu’il existe peu de preuves scientifiques établissant un lien entre un faible taux de testostérone et une baisse des capacités physiques ou combatives. Ainsi, une mesure isolée de cette hormone ne suffit pas à évaluer l’aptitude d’un soldat à remplir ses missions.
L’armée américaine fait face à des défis majeurs, comme la difficulté à recruter de nouveaux soldats ou à remplacer ceux blessés ou en fin de mission, notamment dans des zones à haut risque comme le golfe d’Ormuz. Dans ce contexte, une politique de licenciement ou de traitement hormonal imposé aux soldats présentant un taux de testostérone trop bas pourrait aggraver la situation. En effet, licencier ces hommes réduirait encore les effectifs, tandis que les contraindre à un traitement pourrait entraîner des poursuites judiciaires. Par ailleurs, l’armée doit déjà gérer les conséquences de l’interdiction d’engager des militaires transgenres, décidée sous l’administration de **Donald Trump**. Ces éléments soulèvent des questions sur la pertinence et la faisabilité de la mesure proposée par Pete Hegseth.

