L’armée américaine ne sait plus faire la guerre
Comprendre la longue érosion de la première puissance militaire mondiale L’article L’armée américaine ne sait plus faire la guerre est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’armée américaine traverse une crise profonde, illustrée par son incapacité à terminer rapidement une guerre comme celle contre l’Iran en 2026, malgré une supériorité technologique initiale. Initialement, une attaque conjointe avec Israël avait semblé confirmer sa puissance avec des frappes de précision et l’élimination de l’élite iranienne, comme le Guide suprême Ali Khamenei. Pourtant, six mois plus tard, le conflit s’enlise : l’Iran perturbe le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, menace les bases américaines et allonge les déploiements de troupes jusqu’en 2027. Des navires comme l’USS Abraham Lincoln, après 286 jours en mer, montrent une flotte épuisée et une logistique défaillante. Cette situation révèle un déclin structurel, aggravé par des décisions politiques erratiques sous la deuxième administration Trump, comme les limogeages de hauts gradés ou les tensions internes.
Les causes de cette crise remontent à plusieurs décennies. Dès les années 1990, après la chute de l’URSS, les États-Unis ont réduit leur budget militaire avec le dividende de la paix, diminuant de moitié leur flotte navale en vingt ans. Les attentats du 11 septembre 2001 ont ensuite recentré les ressources sur les guerres terrestres en Irak et en Afghanistan, négligeant la maintenance et l’approvisionnement. Dans les années 2010, les hypothèses stratégiques n’ont pas été remises en question : acquisitions coûteuses, logistique externalisée et dépendance excessive à la technologie ont affaibli les institutions. Trump et son secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, ont exacerbé ces faiblesses en politisant l’armée, mais ils en sont aussi les symptômes.
La marine américaine, malgré ses onze porte-avions et sa flotte mondiale, souffre de dysfonctionnements majeurs. Sa taille a été réduite de moitié depuis 1990, et les coupes budgétaires ont externalisé la maintenance, réduisant les capacités de construction navale. Des programmes comme le Littoral Combat Ship (navire de combat côtier) ont échoué, cumulant retards et surcoûts. En 2026, les sous-marins nucléaires d’attaque ont perdu plus de 15 000 jours opérationnels à cause de retards de maintenance. La crise touche aussi le personnel : pénurie de soudeurs, d’ingénieurs et de cales sèches, ainsi que des équipages épuisés par des déploiements trop longs. Les tensions politiques sous Trump ont aggravé ces problèmes, avec des départs massifs d’officiers expérimentés.
L’armée de l’air américaine mise sur la technologie pour dominer l’espace aérien, avec des avions comme le F-35 ou des bombardiers B-2. Pourtant, sa doctrine repose sur une idée ancienne : la supériorité technologique permet des victoires rapides sans engagement terrestre massif. Cette approche, critiquée dès les années 1990 par des experts comme Robert Pape, a montré ses limites en Irak, en Afghanistan et en Iran. Les frappes de précision détruisent des cibles, mais ne garantissent pas la capitulation de l’ennemi. De plus, les systèmes sophistiqués coûtent des centaines de millions d’euros et sont vulnérables face à des drones ou missiles bon marché. Le programme Doctrine 2035 reconnaît enfin la nécessité de réformer cette vision, mais les changements tardent.
L’armée de terre et le Corps des Marines subissent aussi une crise de fond. Leur modèle, façonné par vingt ans de lutte contre le terrorisme, valorise le combattant d’élite et les forces spéciales, au détriment de la logistique et de la stratégie globale. Cette approche a favorisé un prétorianisme (influence excessive des militaires sur le pouvoir politique), comme en témoignent les tensions entre l’establishment militaire et l’administration Trump. Les exigences d’une victoire décisive, combinées à des déploiements prolongés, ont érodé le professionnalisme et la cohésion des troupes. Les alliés de Washington s’interrogent désormais sur la fiabilité des États-Unis, non seulement en termes de volonté politique, mais aussi de capacité militaire réelle.
La crise de l’armée américaine dépasse les frontières : ses alliés, comme ceux de l’OTAN, dépendent de sa puissance pour leur sécurité. Or, la fiabilité des États-Unis est remise en question, tant par le leadership erratique de Trump que par l’affaiblissement institutionnel. Les débats sur les droits de douane ou les alliances commerciales s’ajoutent aux doutes sur la capacité américaine à mener des guerres prolongées. Après des décennies de sous-investissement et de rigidité doctrinale, la question n’est plus seulement de savoir si Washington veut diriger le monde, mais s’il en a encore les moyens militaires. Cette incertitude pourrait redessiner l’équilibre géopolitique dans les années à venir.

