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Société

L'Inde produit de plus en plus d'énergie verte, mais elle est incapable de la distribuer

Slate FR · mis à jour 25 sept.

En dix ans, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique indien a passablement augmenté. Les infrastructures de transport et de stockage peinent à absorber cette production supplémentaire intermittente..

Record historique énergie verte

En juillet 2026, l'Inde a connu un moment historique dans sa transition énergétique : pour la deuxième fois, les sources d'énergie renouvelable (solaire, éolienne, hydraulique et nucléaire) ont couvert plus de la moitié de la demande électrique du pays lors d'un après-midi particulièrement chaud. Ce seuil symbolique montre que les énergies décarbonées ne sont plus marginales dans le réseau électrique indien. Selon Sumant Sinha, PDG de ReNew Power, une entreprise majeure du secteur, cette performance démontre que les renouvelables ne sont plus cantonnées à la périphérie du réseau. Entre 2016 et 2026, la capacité installée d'énergies renouvelables en Inde est passée de 4 gigawatts (GW) à près de 300 GW, représentant désormais 54 % de la capacité électrique totale du pays. Cette évolution contraste avec la dépendance historique du pays au charbon, source d'énergie très polluante.

Défis des infrastructures

Malgré cette progression spectaculaire, l'Inde fait face à un obstacle majeur : l'incapacité de ses infrastructures de transport à acheminer l'électricité produite. Au premier trimestre 2026, les contraintes liées au transport ont représenté près des deux tiers (66 %) de toutes les restrictions de production d'énergie renouvelable, soit l'équivalent de 300 gigawattheures (GWh) d'électricité gaspillée. Les lignes électriques existantes, souvent vétustes, ne peuvent pas transporter efficacement l'électricité depuis les zones de production, souvent éloignées des centres de consommation. Sumant Sinha explique que la construction de nouvelles infrastructures prend bien plus de temps que celle des sites de production : entre 18 et 24 mois pour un projet renouvelable, contre plusieurs années pour les lignes de transport, en raison des procédures administratives complexes (droits de passage, expropriations, autorisations) et de la coordination entre de multiples organismes. Ce décalage freine la transition énergétique du pays.

Objectif 500 GW en 2030

L'Inde s'est fixé un objectif ambitieux : atteindre 500 GW d'électricité non fossile d'ici 2030, soit près du double de sa capacité actuelle. Cependant, les experts de l'organisation Ember estiment que le manque d'infrastructures de transport pourrait compromettre cet objectif. Pour absorber les excédents de production, notamment lorsque la demande est faible (par exemple en soirée), le développement de systèmes de stockage par batterie est crucial. Vibhuti Garg, directrice pour l'Asie du Sud à l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis, souligne que ces batteries permettraient de stocker l'énergie et de la redistribuer aux heures de pointe, évitant ainsi le gaspillage. Pourtant, l'Inde rencontre des difficultés pour financer ces infrastructures : les coûts des batteries ont explosé en raison de la hausse des prix des matières premières (liée à la guerre au Moyen-Orient) et de la dépréciation de la roupie, entraînant l'abandon de nombreux projets.

Ce que ça pourrait changer

Pour atteindre ses objectifs, l'Inde aura besoin d'investissements colossaux : entre 400 et 500 milliards de dollars (350 à 440 milliards d'euros) d'ici 2030. Pourtant, les pays émergents, comme l'Inde, ne reçoivent qu'environ 15 % des investissements mondiaux dans les énergies propres, alors qu'ils représentent près des deux tiers de la population mondiale. Sumant Sinha, PDG de ReNew Power, souligne que le soutien financier des pays développés, prévu par l'*Accord de Paris*, reste insuffisant. Les lacunes en matière de financement, d'infrastructures de transport et de stockage constituent donc les principaux défis pour la réussite de la transition énergétique indienne. Sans une coordination renforcée entre acteurs publics et privés, ainsi qu'un accès facilité aux capitaux, l'Inde risque de ne pas exploiter pleinement son potentiel en énergies renouvelables.

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