C’est officiel, Nvidia rachète Hugging Face et met la main sur la plateforme de référence de l’IA
Nvidia officialise le rachat de Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars, après une semaine de rumeurs. D'un Tamagotchi pour ados lancé en 2017 à un rachat par l'entreprise la plus valorisée du monde, la plateforme fondée par trois Français est devenue incontournable dans le monde de l'IA.
Le 3 septembre 2026, Nvidia, entreprise américaine spécialisée dans les puces électroniques, a officiellement annoncé le rachat de Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars, soit environ 11 milliards d’euros. Cette opération, la plus importante jamais réalisée par Nvidia, dépasse largement son précédent record de 6,9 milliards de dollars pour le rachat de Mellanox en 2019. Jensen Huang, le PDG de Nvidia, a confirmé cette acquisition dans un billet de blog, soulignant l’importance des modèles d’intelligence artificielle (IA) ouverts pour l’innovation et la sécurité. Hugging Face, plateforme de référence dans le domaine de l’IA, est désormais sous le contrôle de Nvidia, bien que son fondateur, Clément Delangue, ait promis que la plateforme resterait neutre et ouverte à tous les acteurs de l’écosystème.
Hugging Face est souvent comparée au GitHub de l’IA, car elle sert de hub central pour les chercheurs, les entreprises et les développeurs. La plateforme permet de publier, partager et télécharger des modèles d’IA, des jeux de données et des applications de démonstration. En 2026, elle compte plus de 18 millions d’utilisateurs, 3 millions de modèles, 500 000 jeux de données et 1 million d’applications. Plus de 200 000 entreprises l’utilisent pour découvrir, évaluer et déployer des modèles d’IA. Hugging Face propose également des bibliothèques logicielles comme Transformers et Diffusers, ainsi que des outils pour tester des IA directement dans un navigateur. La plateforme héberge aussi des modèles de grands groupes comme Meta, Google ou Microsoft, mais aussi des contributions de start-up ou d’individus.
Hugging Face a été fondée en 2016 à New York par trois Français : Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf. Bien que l’entreprise soit officiellement américaine, son ADN reste français. Elle a été créée avec des financements américains (Betaworks, SV Angel) et n’a jamais installé son siège en France. Son histoire illustre une trajectoire atypique : à l’origine, en 2017, Hugging Face était une application mobile de chatbot pour adolescents, surnommée Tamagotchi en raison de son fonctionnement interactif. L’entreprise a ensuite pivoté vers le traitement du langage et les modèles d’IA, devenant un acteur incontournable avant même l’essor des grands modèles de langage comme ceux d’OpenAI.
En 2019, alors qu’OpenAI refusait de publier son modèle GPT-2 par crainte des risques, Hugging Face a choisi de rendre ses modèles accessibles, téléchargeables et modifiables. Cette approche a contribué à sa notoriété croissante. En 2023, sa valorisation atteignait 4,5 milliards de dollars, mais Nvidia a accepté de payer près du triple en 2026, malgré des revenus limités. L’entreprise s’est diversifiée en développant des outils pour tester des IA en ligne, une infrastructure de calcul cloud et même des robots comme le Microduck, un petit robot-canard à 399 dollars, dévoilé peu avant l’annonce du rachat.
Nvidia, qui contrôle déjà une grande partie des puces et des logiciels utilisés en IA (comme CUDA), voit dans Hugging Face un moyen de renforcer son influence sur la distribution et le déploiement des modèles. La plateforme permet aux développeurs de choisir librement leurs outils, leurs modèles et leurs fournisseurs de cloud, ce qui garantit une certaine neutralité. Jensen Huang a insisté sur l’importance des modèles ouverts pour éviter une concentration du pouvoir entre les mains de quelques acteurs. Nvidia a déjà contribué à Hugging Face en y publiant plus de 500 modèles et 250 jeux de données, devenant ainsi son premier contributeur. L’objectif est de créer des synergies entre les deux entreprises, tout en maintenant l’ouverture de la plateforme.
Clément Delangue, le PDG de Hugging Face, a salué cette acquisition comme une opportunité pour l’écosystème tech français. Il a évoqué la possibilité pour les fondateurs et certains membres de l’équipe de devenir des investisseurs influents, contribuant ainsi au développement de la *French Tech*. Jensen Huang a promis que Hugging Face resterait une plateforme ouverte, permettant aux développeurs de continuer à utiliser leurs outils et modèles préférés sans dépendre de Nvidia. Cependant, des synergies entre les deux entreprises pourraient émerger à terme, notamment en matière d’infrastructure cloud et de puissance de calcul. Cette opération marque un tournant dans le paysage de l’IA, où Nvidia consolide sa position dominante.

