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Bouilloires et passoires thermiques, les deux faces d’une même précarité énergétique

Science & Vie · mis à jour 28 juil.

Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur à la mi-juillet 2026 se pose la question du manque d’adaptation des logements aux températures extrêmes. Or, les logements les plus exposés à la chaleur sont souvent aussi ceux qui sont le plus exposés au froid en hiver.

Vagues de chaleur en France

En juillet 2026, la France a connu trois vagues de chaleur à la mi-juillet. Une vague de chaleur désigne une période prolongée où les températures dépassent significativement les normales saisonnières, souvent accompagnées d’un fort ensoleillement et d’une faible humidité. Ces épisodes, autrefois exceptionnels, deviennent plus fréquents et intenses en raison du changement climatique, un phénomène global marqué par une augmentation des températures moyennes sur Terre. Les vagues de chaleur ont des conséquences directes sur les populations, notamment en termes de santé publique, avec un risque accru de déshydratation, de coups de chaleur ou d’aggravation de maladies chroniques. Elles soulèvent aussi des questions sur l’adaptation des infrastructures et des logements aux nouvelles conditions climatiques.

Précarité énergétique double

La précarité énergétique désigne une situation où des ménages consacrent une part disproportionnée de leurs revenus à payer leurs factures d’énergie (électricité, gaz, chauffage), au point de devoir réduire leur consommation ou renoncer à certains besoins essentiels. Traditionnellement associée aux difficultés rencontrées en hiver pour se chauffer, cette précarité s’étend désormais aux périodes estivales. En effet, les logements mal isolés, souvent qualifiés de passoires thermiques (bâtiments très mal isolés qui laissent s’échapper la chaleur en hiver et la pénètrent en été), deviennent des bouilloires thermiques en cas de canicule. Ces logements, qui ne peuvent ni retenir la fraîcheur la nuit ni se protéger de la chaleur diurne, transforment les épisodes de forte chaleur en véritables épreuves pour leurs occupants.

Logements mal isolés en cause

Les logements les plus vulnérables aux vagues de chaleur sont souvent ceux qui présentent les pires performances énergétiques. En France, on estime qu’environ 4,8 millions de logements sont classés passoires thermiques, c’est-à-dire qu’ils appartiennent aux catégories F ou G du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), un document obligatoire lors de la vente ou de la location d’un bien. Ces logements, construits avant les normes d’isolation actuelles, perdent jusqu’à 30 % de leur chaleur en hiver par les murs, toits ou fenêtres mal isolés. En été, cette même mauvaise isolation empêche la fraîcheur nocturne de pénétrer et amplifie l’effet de serre à l’intérieur, faisant monter les températures intérieures de 5 à 10 °C au-dessus des températures extérieures. Les occupants de ces logements subissent donc à la fois le froid hivernal et la chaleur estivale, sans possibilité de réguler leur confort thermique.

Conséquences sanitaires et sociales

L’exposition prolongée à des températures extrêmes, qu’elles soient froides ou chaudes, a des répercussions majeures sur la santé des populations. En cas de canicule, les risques incluent des coups de chaleur, des déshydratations ou des aggravations de maladies cardiovasculaires et respiratoires, particulièrement chez les personnes âgées, les enfants en bas âge et les personnes fragiles. En hiver, le froid favorise les hypothermies, les infections respiratoires et les maladies liées à l’humidité (comme les rhumatismes). Ces problèmes de santé entraînent une augmentation des hospitalisations et des décès, notamment lors des pics de chaleur ou de froid. Par ailleurs, la précarité énergétique renforce les inégalités sociales, les ménages les plus modestes étant les plus exposés en raison de leur impossibilité financière à améliorer l’isolation de leur logement ou à investir dans des systèmes de climatisation ou de chauffage performants.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’aggravation des vagues de chaleur et à la persistance des passoires thermiques, l’adaptation des logements devient une priorité. En France, des dispositifs comme le *MaPrimeRénov’* (une aide financière de l’État pour la rénovation énergétique des logements) ou les *Certificats d’Économies d’Énergie* (CEE, un mécanisme incitant les fournisseurs d’énergie à financer des travaux d’efficacité énergétique) visent à réduire le nombre de logements mal isolés. Cependant, ces mesures peinent à atteindre les ménages les plus précaires, souvent locataires et dépendants des propriétaires pour réaliser les travaux. Sans une mobilisation accrue des pouvoirs publics, des bailleurs sociaux et des acteurs privés, la précarité énergétique estivale risque de s’aggraver, transformant les épisodes de chaleur en crises sanitaires et sociales récurrentes.

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