Steven Guilbeault invite le fédéral à cesser de «financer la destruction de la nature»
L’ex-ministre de l’Environnement déplore au «Devoir» les milliards de dollars de subventions aux énergies fossiles..
L’ancien ministre de l’Environnement Steven Guilbeault a appelé le gouvernement fédéral canadien, dirigé par le premier ministre Mark Carney, à cesser de financer l’industrie des énergies fossiles. Selon lui, ces subventions publiques contribuent à la destruction de la nature et sapent les efforts de protection de la biodiversité. Guilbeault, qui a été ministre entre 2019 et 2024, souligne que ces fonds publics devraient plutôt être réorientés vers la conservation des écosystèmes. Il rappelle que le Canada s’est engagé, lors de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité tenue à Montréal en 2022, à réduire les subventions nuisibles à la biodiversité, mais que peu de progrès ont été réalisés depuis. Les négociations internationales sur ce sujet restent difficiles, notamment en raison de la résistance des industries pétrolières et gazières.
Entre 2020 et 2025, l’industrie des énergies fossiles au Canada a bénéficié de plus de 85 milliards de dollars de subventions publiques, selon les calculs de l’organisme Environmental Defence. Ces aides financières soutiennent principalement les secteurs du pétrole et du gaz, qui sont les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre, accélérant ainsi le changement climatique. Ce phénomène est l’un des principaux facteurs de la perte de biodiversité, c’est-à-dire la disparition accélérée des espèces animales et végétales. Le Canada avait pourtant adopté en 2023 un cadre pour éliminer ces subventions, devenant le seul pays du G20 à s’engager dans cette voie. Cependant, selon Guilbeault, ce cadre n’a pas été suivi d’effets concrets, et les financements se poursuivent.
Le Canada s’est engagé, dans le cadre de l’accord Kunming-Montréal signé en 2022 lors de la COP15, à protéger 30 % de ses terres et 30 % de ses milieux marins d’ici 2030. Pourtant, en 2024, seulement 14 % des terres et 16 % des milieux marins sont protégés. Ces chiffres illustrent l’écart entre les promesses et la réalité. Par ailleurs, le gouvernement Carney a adopté la Loi visant à bâtir le Canada (projet de loi C-5), qui permet de contourner la Loi sur les espèces en péril pour autoriser des projets industriels. Cette loi est actuellement contestée devant les tribunaux, et Guilbeault estime qu’elle risque d’être invalidée par la justice, car elle accorde trop de pouvoir discrétionnaire au gouvernement sans définition claire de l’intérêt national.
Le gouvernement fédéral finance en partie l’expansion de deux importants pipelines : le projet Trans Mountain, dont le coût est estimé entre 35 et 45 milliards de dollars, et une nouvelle infrastructure pour les sables bitumineux, dont le coût est estimé à 35 milliards de dollars. Ces investissements s’ajoutent aux subventions déjà accordées à l’industrie pétrolière. Guilbeault a démissionné de son poste de ministre et de député en 2024 en raison de ces reculs climatiques, qu’il juge incompatibles avec les engagements environnementaux du Canada. Il rappelle que ces projets risquent de nuire davantage à la biodiversité et d’aggraver les effets du changement climatique.
Une étude récente menée par Parcs Canada a révélé que la valeur des services écosystémiques fournis par les aires protégées au Canada dépasse 370 milliards de dollars par an. Les services écosystémiques désignent les bénéfices que les humains tirent de la nature, comme la purification de l’eau, la pollinisation des cultures ou la régulation du climat. Ces chiffres montrent l’importance économique de la protection de la biodiversité. Malgré cela, le gouvernement Carney continue de soutenir financièrement des projets industriels qui menacent ces écosystèmes. Guilbeault souligne que la préservation de la nature est un enjeu à la fois écologique et économique pour le Canada.
Le secrétaire général des *Nations unies*, **António Guterres**, a récemment déclaré que *« subventionner les énergies fossiles revient à subventionner le suicide »*, soulignant l’urgence d’agir contre ces financements. Il a également rappelé qu’à l’échelle mondiale, *« pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont consacrés à sa destruction »*. Ces déclarations interviennent à quelques jours du début de la *COP17*, une conférence des Nations unies sur la biodiversité. Elles reflètent l’inquiétude croissante face au manque de progrès dans la réduction des subventions aux énergies fossiles, malgré les engagements pris par de nombreux pays, dont le Canada.

