Ca a commencé : les essais des satellites-miroirs ont apporté la lumière en pleine nuit
Ce qui ressemblait à un projet de science-fiction dystopique a bel et bien commencé à voir le jour. En Californie, la start-up Reflect Orbital a éclairé le désert en pleine nuit avec des projecteurs, pour simuler ses futurs satellites miroirs.
Le 10 octobre 2024, près de Lone Pine en Californie, des habitants ont observé une lumière intense en pleine nuit, comme un retour du jour. Cette illumination provenait de deux projecteurs ultra-puissants installés par la start-up Reflect Orbital pour simuler l'effet de ses futurs satellites-miroirs. L'objectif était de tester l'éclairage nocturne pour des équipes de secours, comme celles de China Lake Mountain Rescue, qui se sont entraînées sous cette lumière. Ces projecteurs, alimentés par un groupe électrogène, ont permis de voir à environ cinq kilomètres, soit une luminosité légèrement supérieure à celle de la pleine Lune. Ce test au sol, réalisé sur les pentes du mont Whitney, marque une première étape avant le déploiement de satellites en orbite.
La start-up Reflect Orbital ambitionne de déployer jusqu'à 50 000 satellites-miroirs d'ici 2035, selon un projet présenté comme une révolution technologique. Ces satellites, placés en orbite autour de la Terre, refléteraient la lumière du Soleil pour éclairer des zones spécifiques à la demande. Les applications envisagées incluent l'éclairage de terrains agricoles, de sites militaires ou de panneaux solaires la nuit. Cependant, ce projet n'a encore obtenu l'autorisation que pour un seul satellite d'essai, Earendil-1, dont le lancement est prévu avant la fin de l'année 2024 à bord d'une fusée Falcon 9 de SpaceX. La FCC (Federal Communications Commission), régulateur américain des télécommunications, a donné son feu vert malgré une forte opposition.
Le projet de Reflect Orbital suscite une vive opposition, notamment de la part des astronomes et du grand public. Ces derniers craignent une pollution lumineuse massive qui perturberait les observations astronomiques et menacerait les écosystèmes nocturnes. Selon une étude de l'Observatoire européen austral (ESO), le satellite d'essai Earendil-1 apparaîtrait quatre fois plus brillant que la pleine Lune pour un observateur placé dans son faisceau. Les futurs miroirs de la constellation, trois fois plus larges, seraient encore plus lumineux : 40 fois plus brillants que la pleine Lune au centre du faisceau. À 14 kilomètres de distance, leur luminosité resterait équivalente à celle de la pleine Lune, ce qui pourrait affecter les riverains et la faune locale.
Les satellites-miroirs de *Reflect Orbital* fonctionnent en captant la lumière du Soleil et en la réfléchissant vers la Terre, créant ainsi un effet de lumière artificielle. Cette technologie pourrait théoriquement permettre d'éclairer n'importe quelle zone, à tout moment, sur demande. Cependant, les risques environnementaux et scientifiques sont majeurs. Les astronomes redoutent une perturbation des télescopes, tandis que les écologistes s'inquiètent des conséquences pour les espèces nocturnes, comme les chauves-souris ou les insectes. Par ailleurs, le déploiement de 50 000 satellites nécessiterait des centaines de lancements, générant une pollution supplémentaire liée aux fusées. Malgré ces défis, *Reflect Orbital* a signé un contrat avec l'entreprise indienne *Skyroot Aerospace* pour deux lancements de ses futurs satellites, prévus sur les fusées *Vikram-1* et *Vikram-1U*.

