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Généraliste

En ambulance sur « la route de l’enfer »

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 29 j

Durant 40 minutes, les étudiants vivent le stress de gérer un transfert en urgence, sans réseau cellulaire..

Simulation immersive

L’Université de Montréal (UdeM) utilise la réalité virtuelle (RV) pour former des étudiantes en soins infirmiers à des situations réelles en communauté autochtone. Dans un scénario de 40 minutes, les étudiantes incarnent une soignante en ambulance, confrontées à un patient en détresse respiratoire qui ne parle pas leur langue. L’environnement simulé reproduit fidèlement les conditions d’un trajet sur la route de l’enfer, un chemin forestier de 87 kilomètres reliant Manawan à Saint-Michel-des-Saints, surnommé ainsi par les Atikamekw en raison de son état dégradé. L’ambulance doit ensuite parcourir 100 kilomètres supplémentaires pour atteindre l’hôpital de Joliette, sans aucun réseau cellulaire. Les étudiantes doivent gérer l’urgence médicale tout en naviguant dans un contexte culturel et logistique complexe, sans possibilité de contacter des ressources extérieures.

Nouveaux programmes

Ces simulations s’inscrivent dans deux microprogrammes en santé autochtone lancés en janvier 2026 par l’UdeM : Soins en communauté et Soins critiques. Ces formations visent à préparer les soignants aux réalités des Premières Nations, notamment dans les territoires isolés où les transferts d’urgence (ambulance, avion, hélicoptère) sont fréquents. L’initiative répond au Principe de Joyce, adopté par l’UdeM après le décès de Joyce Echaquan en 2020, qui a mis en lumière les lacunes du système de santé face aux communautés autochtones. Les programmes combinent théorie et pratique, avec des modules développés en collaboration avec des organisations autochtones et la communauté atikamekw de Manawan.

Contexte colonial

Le projet intègre une dimension historique et culturelle essentielle : reconnaître l’impact du contexte colonial sur la relation soignant-patient. Sandro Echaquan, premier infirmier praticien spécialisé d’origine autochtone en poste à l’UdeM, souligne que la formation doit aller au-delà de la théorie pour intégrer cette dimension. Il rêve d’un système où les patients pourraient bénéficier à la fois de la médecine occidentale et des pratiques autochtones pour retrouver un équilibre. L’objectif est de déconstruire les biais et les stéréotypes, en enseignant aux futurs soignants comment adapter leur approche aux réalités culturelles des patients autochtones.

Outils pédagogiques

La simulation virtuelle est complétée par un volet rétroactif qui permet aux étudiantes d’analyser leurs actions et d’échanger sur les défis rencontrés. Ce retour d’expérience aborde des questions comme l’impact d’un patient quittant sa communauté ou les méthodes pour établir une relation de confiance malgré les barrières culturelles. Catherine Roussel, conseillère en simulation à l’UdeM, explique que cette approche vise à former une relève compétente pour les transferts en territoire isolé. Angelica Provencher, infirmière clinicienne d’origine autochtone ayant travaillé dans le Grand Nord, considère cette méthode comme une avancée majeure pour briser les préjugés et favoriser une sécurité culturelle dans les soins.

Ce que ça pourrait changer

Le Bureau du Principe de Joyce, qui a inspiré ces initiatives, salue l’effort de l’UdeM mais met en garde contre les limites de ces formations. Sylvestre Caron, directeur général par intérim de l’organisation, souligne que ces programmes ciblent principalement les **biais individuels** des soignants, sans s’attaquer aux **structures systémiques** du racisme dans le système de santé. Il craint que, sans réforme institutionnelle profonde, les soignants formés se retrouvent dans des environnements inchangés depuis le drame de Joyce Echaquan. Pour lui, la formation seule ne suffit pas à transformer un système qui perpétue les inégalités.

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