Au Venezuela, plusieurs portails d’information débloqués après des années de censure
L’ONG de défense des droits numériques VE Sin Filtro a vérifié l’accès à 17 sites Web. Elle recense encore au moins 188 sites bloqués dans le pays, dont 79 médias..
Depuis juillet 2024, plusieurs sites d’information vénézuéliens étaient bloqués par les autorités, notamment le média TalCual, dirigé par Victor Amaya. Ce blocage concernait aussi des plateformes internationales et nationales. Pour contourner cette censure, les utilisateurs devaient recourir à un VPN (réseau privé virtuel), un outil qui permet de masquer son adresse IP pour accéder à des contenus restreints. Selon Victor Amaya, TalCual a perdu 60 % de son trafic à cause de ce blocage, et les annonceurs se sont éloignés par crainte de représailles. D’autres médias comme El Nacional, Efecto Cocuyo et El Pitazo étaient également inaccessibles. Cette censure était dénoncée par des militants, journalistes et ONG, qui y voyaient un outil de contrôle de l’information. La Comisión Nacional de Telecomunicaciones (Conatel), l’autorité régulatrice des télécommunications au Venezuela, était responsable de ces restrictions.
Le 17 septembre 2026, la Conatel a annoncé le rétablissement officiel de l’accès à plusieurs sites d’information, dont des médias nationaux et internationaux. Cette décision intervient dans un contexte de négociations entre le pouvoir et l’opposition, lancées après la capture du président Nicolás Maduro par l’armée américaine. Cependant, l’accès à certains sites comme NTN24 reste intermittent, selon l’ONG VE Sin Filtro, qui a vérifié l’accès à 17 sites. Cette ONG recense encore 188 sites bloqués, dont 79 médias. Victor Amaya, du site TalCual, se montre prudent : il espère que ce déblocage ne sera pas partiel, comme cela a été le cas pour certaines libérations de prisonniers politiques. Dinorah Figuera, cheffe de la délégation de l’opposition, a salué cette mesure sur le réseau social X, la qualifiant de « premier pas » vers une démocratie plus ouverte.
Les négociations entre le pouvoir et l’opposition, qui ont repris le 17 septembre 2026, visent notamment à aborder la liberté d’expression, un sujet sensible au Venezuela. Ces pourparlers font suite à un premier cycle en août 2026, qui avait abouti à un processus de réforme judiciaire. Cependant, l’arrestation de l’ancien maire d’opposition Javier Oropeza, deux jours avant le début des négociations, a perturbé le climat. Il a été libéré en soirée grâce à l’intervention de Dinorah Figuera. Parallèlement, le programme pour la paix et la coexistence démocratique, une instance non gouvernementale créée par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, a recommandé ce déblocage. Delcy Rodriguez a rencontré des représentants de l’ONG Human Rights Watch, marquant un rapprochement avec cette organisation après 18 ans d’absence.
Les acteurs impliqués dans cette décision ont des réactions contrastées. Luis Ernesto Blanco, directeur éditorial du média *Runrunes*, estime que cette levée partielle des blocages montre une reconnaissance de la censure passée, qui n’avait pas de base légale. Le vice-ministre de la communication, Gustavo Villapol, a appelé à tourner la page de la « polarisation » et à éviter les accusations sans preuves. Dinorah Figuera a salué une « fenêtre » qui s’ouvre pour les Vénézuéliens, tout en soulignant que tous les médias doivent être accessibles de manière permanente. L’ONG *Human Rights Watch* a également été consultée, mais son rôle exact dans cette décision n’est pas précisé. Le ministère de l’information a évoqué une journée institutionnelle orientée vers la « pluralité d’expression » et la « coexistence démocratique ».

